Barbotine Sarreguemines

Premier réflexe : retournez la pièce. Si vous lisez « Sarreguemines » sans la mention « France », vous tenez probablement une pièce d’avant 1891 — et ça change tout à l’estimation.

Temps de lecture : 21 min

Sur un vide-grenier ou dans une brocante de village, une assiette en barbotine Sarreguemines peut s’acheter pour 8 euros ou pour 200 euros — et parfois ce sont deux pièces qui se ressemblent trait pour trait. Tout se décide sous la pièce, dans le fond de l’assiette retournée : les marques au dos racontent l’époque, la série, parfois même l’atelier qui a fabriqué l’objet. La manufacture de Sarreguemines a produit pendant près de deux siècles une quantité considérable de faïences, de barbotines et de grès — et elle a systématiquement marqué sa production. Savoir lire ces marques, c’est savoir dater, identifier et estimer. Ce guide vous donne les clés concrètes pour distinguer un service de table courant des années 1970 d’une pièce de fantaisie Belle Époque, repérer les modèles rares et ne pas passer à côté d’une pièce qui vaut bien plus que son étiquette.

Deux siècles de faïence en Lorraine : histoire de la manufacture de Sarreguemines

En 1790, trois négociants fondent une petite manufacture de faïence fine dans un moulin à huile à Sarreguemines, au confluent de deux rivières en Moselle. Nicolas-Henri et Augustin Jacobi, associés à Joseph Fabry, misent sur un emplacement idéal pour l’approvisionnement en eau et l’acheminement des matières premières. La manufacture reste modeste jusqu’au rachat décisif de Paul Utzschneider en 1800, un Bavarois visionnaire qui industrialise la production, introduit la technique du décor par impression et transforme un petit atelier artisanal en usine compétitive.

Sous Utzschneider puis son gendre Alexandre de Geiger à partir de 1836, la manufacture prend une dimension européenne. Elle signe un accord avec Villeroy & Boch pour se partager le marché, installe des machines à vapeur, ouvre de nouvelles usines à Digoin (Saône-et-Loire) et Vitry-le-François. À son apogée dans la seconde moitié du XIXe siècle, la faïencerie emploie plus de 3 000 ouvriers — l’une des plus grandes d’Europe. C’est dans cette période d’expansion que naît la barbotine Sarreguemines telle que les collectionneurs la recherchent aujourd’hui : décors en relief naturalistse influencés par la majolique anglaise et le style japonisant, assiettes à fruits et à légumes, services à asperges et à huîtres, pichets anthropomorphes humoristiques.

La barbotine de Sarreguemines, c’est la rencontre entre l’industriel et l’artisanal : des moules produits en grande série, mais des émaux appliqués à la main, des reliefs minutieux, des couleurs vibrantes qui font de chaque pièce un objet légèrement unique. C’est cette tension entre le fabriqué et le fait main qui séduit les collectionneurs depuis cent ans.

Le style majolica — décors naturalistes en relief sur fond coloré, inspiré des faïences italiennes de la Renaissance — domine la production entre 1860 et 1900 environ. La mention MAJOLICA est même poinçonnée en creux dans la pâte sur de nombreuses pièces de cette période, signe d’une production assumée et revendiquée. La Belle Époque marque l’âge d’or : assiettes à décors de fruits, de légumes, de fleurs, pichets en forme de personnages, services complets aux décors naturalistes d’une finesse remarquable.

Après la Première Guerre mondiale, le groupe réunit ses usines de Sarreguemines, Digoin et Vitry-le-François en 1918 sous une direction commune. La production se simplifie, les décors s’industrialisent. Pendant la Seconde Guerre mondiale, la manufacture est mise sous séquestre et confiée à Villeroy & Boch. Elle reprend son indépendance après-guerre, produit des services de table décorés jusqu’aux années 1980, puis se reconvertit progressivement dans le carrelage avant de fermer définitivement ses portes en 2007. Deux siècles de production, une quantité considérable de pièces sur le marché — et des écarts de valeur considérables selon l’époque et la série.

Fiche technique : barbotine Sarreguemines

Type d’objet
Faïence fine ou grès émaillé en relief — art de la table (assiettes, plats, services) et objets de fantaisie (pichets anthropomorphes, vases, cache-pots) — technique barbotine (pâte colorée en relief modelée ou moulée sur le corps de la pièce)
Période / époque
Production continue de 1790 à 2007 — quatre grandes périodes pour la barbotine :
  • Majolica 1860-1900 : productions en relief les plus recherchées, mention MAJOLICA en creux fréquente, décors naturalistes intenses
  • Belle Époque 1890-1914 : apogée stylistique, pichets anthropomorphes dès 1880, services à asperges/huîtres, décors Art Nouveau
  • Entre-deux-guerres 1918-1940 : marque DV (Digoin & Vitry), simplification des décors, production de masse
  • Après-guerre 1950-1980 : services décorés industriels, moindre valeur collection sauf modèles désignés
Matière / matériaux
Faïence fine (corps blanc ou crème, émail stannifère ou feldspathique) — grès fin poli pour certaines séries — émail coloré appliqué sur reliefs en barbotine (pâte d’argile liquide teintée aux oxydes métalliques) — cuisson à haute température pour vitrification des émaux
Signature / marque
Système de marques au dos très complet permettant datation précise :
  • Marque en creux « SARREGUEMINES » : pièces anciennes XIXe en grès ou faïence très ancienne
  • Tampon imprimé « Sarreguemines » seul : avant 1891 (obligation du marquage du pays d’origine non encore en vigueur)
  • « Sarreguemines France » : après 1891 (loi douanière américaine McKinley imposant l’origine) — signal clé pour dater
  • « MAJOLICA » en creux dans la pâte : productions barbotine relief années 1860-1890
  • Écriture anglaise avec initiales U ou U&C (Utzschneider & Cie) : 1871-1920
  • Écriture anglaise avec initiales DV (Digoin & Vitry) : après 1920
  • Numéro de modèle en creux : dès 1860, numérotation systématique des modèles poinçonnée dans la pâte — permet d’identifier la série dans les catalogues de référence
  • Nom du décor : Obernai, Papillon, Bryona, Flore, Ginette… ajouté à côté de la marque de fabrique sur les principales séries
  • Initiales des peintres : parfois présentes sur les pièces décorées à la main — valorisantes
Origine géographique
Sarreguemines, Moselle (Lorraine) — usines satellites à Digoin (Saône-et-Loire) et Vitry-le-François (Marne) à partir de la seconde moitié du XIXe siècle
Estimation
  • Assiette dessert barbotine fruits courante (décors de service standard, années 1960-1980) : 5 à 15 € l’unité
  • Assiette barbotine Belle Époque bon état, décor naturaliste soigné : 20 à 50 €
  • Service à asperges ou à huîtres complet 6 pièces + plat, bon état : 80 à 250 €
  • Pichet zoomorphe ou à décor en relief simple : 40 à 120 €
  • Pichet anthropomorphe (personnage humain) modèle courant : 80 à 200 €
  • Pichet anthropomorphe modèle rare ou identifié (Barberousse, Punch, l’Amiral) : 200 à 600 €
  • Vase ou pièce de fantaisie grande taille, décor soigné, parfait état : 150 à 500 €
  • Pièce peinte à la main par artiste identifié, période majolica : 300 à 1 500 €
Rareté
Très commun pour les services de table des décennies 1960-1980 — peu commun pour les belles pièces majolica Belle Époque en parfait état — assez rare pour les pichets anthropomorphes modèles identifiés — rare pour les pièces de grande taille peintes main avec numéro et initiales d’artiste
Notes & conseils
L’état de conservation est déterminant : les reliefs en barbotine sont fragiles — un éclat sur un fruit en relief ou une fissure dans le décor peut diviser la valeur par deux à trois. Vérifiez systématiquement chaque relief sous une lumière rasante. Ne passez jamais une pièce ancienne au lave-vaisselle — la chaleur et les produits agressifs ternissent les émaux et fragilisent les reliefs. La présence du numéro de modèle permet une identification précise dans les ouvrages de référence (notamment La Faïence de Sarreguemines d’Alain Benedick) — ce numéro est un outil de datation et d’estimation précieux.

Lire les marques au dos : dater une pièce de barbotine Sarreguemines en 2 minutes

Retourner la pièce est le premier geste du chineur avisé. La manufacture de Sarreguemines a systématiquement marqué sa production — et ces marques constituent un outil de datation précis, bien plus fiable que le seul examen visuel du décor. Voici comment les lire.

Le marquage du pays d’origine : la clé chronologique la plus simple

  • Aucun pays mentionné, « Sarreguemines » seul : pièce fabriquée avant 1891. La loi douanière américaine McKinley Tariff Act de 1890 impose à partir de 1891 l’inscription du pays d’origine sur toutes les marchandises exportées. Avant cette date, aucune obligation. Une pièce sans mention de pays est donc vraisemblablement antérieure à 1891 — période majolica Belle Époque la plus recherchée.
  • « Sarreguemines France » : pièce fabriquée après 1891. La mention « France » confirme la conformité à la réglementation d’export. Elle ne précise pas davantage la date, mais combine aux autres indices pour affiner.

Les initiales de la direction : dater à la décennie

  • U, U&C ou U&Cie (Utzschneider & Cie) : marque utilisée entre 1871 et 1920 environ — période faste de la manufacture, grande qualité de production
  • DV (Digoin & Vitry) : marque utilisée à partir de 1920, après la réunification des trois usines — production plus industrielle, décors souvent plus simples
  • « Sarreguemines Digoin France » ou variantes groupées : production d’après-guerre, seconde moitié du XXe siècle

La mention MAJOLICA en creux : le marqueur des pièces les plus précieuses

Sur les pièces de la grande période barbotine (années 1860-1890 environ), la manufacture poinçonnait directement le mot MAJOLICA en creux dans la pâte — un geste marketing assumé, revendiquant l’héritage de la majolique italienne. Cette marque en creux est un indicateur fort de l’ancienneté et de la qualité de la pièce. Elle se trouve généralement sous la pièce, dans le fond, lisible au toucher même quand elle n’est pas immédiatement visible à l’œil.

Le numéro de modèle : l’outil d’identification précis

Dès 1860, Sarreguemines poinçonne dans la pâte un numéro identifiant le modèle (forme et décor). Ce numéro permet de retrouver la pièce dans les catalogues et ouvrages de référence. Pour les pichets anthropomorphes notamment, chaque personnage a son propre numéro de modèle — le pichet « l’Amiral » porte le numéro 3320, et sa présence dans les registres de la manufacture confirme l’authenticité et permet une datation précise. Si vous trouvez un pichet avec un numéro visible, notez-le : il vaut de l’or pour l’identification.

Les trois familles de barbotine Sarreguemines : valeurs et différences

Toutes les pièces estampillées Sarreguemines ne se valent pas, et la première distinction à faire est celle du type d’objet. La manufacture a produit des millions de pièces — services de table courants, objets de fantaisie naturalistes et pièces artistiques peintes main — qui n’appartiennent pas au même marché de collection.

Famille 1 — Art de la table courant : assiettes, plats, services (5–80 €)

C’est la production la plus abondante et la plus facilement trouvée en brocante. Services à dessert à décors de fruits (fraises, fraises, cerises, poires), assiettes plates décorées, plats de service, garnitures de toilette. Les décors imprimés (légèrement flous à l’examen rapproché) sont moins valorisés que les décors en relief. Pour cette famille, les critères qui font monter le prix sont : l’ancienneté (marque avant 1891 > après 1920), l’intégrité du service (une série complète vaut bien plus que des pièces isolées) et l’état irréprochable (aucun éclat, aucune fissure). Un service complet Belle Époque 12 couverts en parfait état peut atteindre 250–400 euros là où des assiettes isolées des années 1970 partent à 5 euros pièce.

Famille 2 — Objets de fantaisie naturalistes : asperges, huîtres, légumes, fleurs (40–500 €)

C’est le cœur de la collection barbotine Sarreguemines. Les services à asperges (assiettes individuelles avec creux moulé en forme d’asperges) et les services à huîtres (assiettes creuses imitant les coquilles en relief) sont les grandes vedettes — immédiatement reconnaissables, très demandés par les amateurs de vaisselle ancienne et les décorateurs. Les plats en forme de poisson, les sucriers imitant un citron ou une citrouille, les saucières en forme de légume entrent dans cette famille. Ici les reliefs sont complexes et précis, les émaux profonds et colorés. Un service à asperges complet 6 assiettes + plat de service en parfait état se négocie couramment entre 120 et 300 euros. Une assiette isolée de beau modèle vaut 25 à 60 euros.

Famille 3 — Pichets anthropomorphes et zoomorphes : les pièces de collection (80–600 €)

Les pichets anthropomorphes sont l’objet barbotine Sarreguemines le plus recherché des collectionneurs spécialisés. Apparus vers 1880 dans les catalogues de la manufacture, ils représentent des personnages humains ou animaux modelés en ronde-bosse — le bec formant la bouche ou le nez, l’anse formant un bras ou une queue. Dans les registres internes de la manufacture, ils portent des noms évocateurs : Punch, Barberousse, Tête de fou, l’Amiral (« l’œil qui louche »), le Poilu. Ces personnages sont souvent humoristiques, caricaturaux, renvoyant à un trait de caractère, une profession ou un type national. Ce sont des objets à double usage — fonctionnels comme pichet à eau ou à bière, décoratifs par leur caractère sculptural — et c’est cette hybridité qui fascine. Leur valeur dépend fortement du modèle : un modèle courant sans identification précise part à 80–150 euros, un modèle identifié en parfait état avec numéro visible peut dépasser 400–600 euros. Les pièces de grande taille (au-delà de 25 cm) ou les modèles rares non répertoriés dans les catalogues courants montent encore plus haut.

Les modèles et séries les plus recherchés en brocante

  • Service à asperges Belle Époque : assiettes individuelles moulées avec creux central imitant un botte d’asperges en relief, fond vert ou blanc cassé, bords chantournés. Modèle emblématique, très demandé. Présence du numéro de série et de la marque U&C = prime maximale.
  • Service à huîtres en barbotine : assiettes creuses imitant la coquille en relief, souvent en blanc ou brun naturel. Recherché pour la table aussi bien que pour la décoration murale. Un service de 6 avec plateau central vaut couramment 80–200 euros.
  • Pichets anthropomorphes identifiés : l’Amiral (no. 3320), Barberousse, Punch, le Poilu — modèles nommés dans les registres de la manufacture et dans les ouvrages de référence comme celui d’Alain Benedick. Présence du numéro en creux sous la pièce = identification certaine.
  • Assiettes décor Obernai : l’un des décors nommés les plus courus de Sarreguemines, à motifs alsaciens colorés, produit en grande quantité mais très demandé. Services complets très recherchés dans les familles alsaciennes et les amateurs de décoration régionale.
  • Assiettes parlantes et assiettes humoristiques : séries comme « Mes 28 jours » ou « Mon régiment » — assiettes à décors imprimés humoristiques ou satiriques, collectionnées pour leur dimension historique et anecdotique.
  • Vases et cache-pots grande taille à décors floraux relief : pièces de fantaisie de la Belle Époque, souvent peintes main avec initiales d’artiste au dos — les plus cotées de toute la production barbotine Sarreguemines.
  • Grès et parian (blanc mat) de la première moitié du XIXe : productions antérieures à la barbotine proprement dite, rares et très recherchées des spécialistes — prix souvent supérieurs à toutes les autres catégories.

Sarreguemines, Onnaing, Saint-Clément : les différences à connaître

La barbotine française ne se limite pas à Sarreguemines. Trois manufactures dominent le marché de la collection, avec des profils différents qu’il faut savoir distinguer pour ne pas confondre les valeurs.

  • Sarreguemines (Moselle, Lorraine) : la plus grande et la plus diversifiée — production industrielle de haute qualité, marques très précises, nombreux modèles numérotés identifiables dans les catalogues de référence. Point d’entrée accessible (assiettes courantes à 5–15 euros) et pièces rares au-delà de 500 euros. La référence absolue pour la barbotine lorraine.
  • Onnaing (Nord, Flandres) : concurrent direct, spécialisé dans les pichets anthropomorphes et zoomorphes. Très prisée pour ses personnages (Poincaré, le Chat, le Lapin), souvent un peu plus cotée que Sarreguemines sur les pichets figuratifs car production plus confidentielle. Les amateurs de barbotine collectionnent fréquemment les deux manufactures.
  • Saint-Clément (Meurthe-et-Moselle, Lorraine) : manufacture voisine, production similaire dans les décors naturalistes. Moins cotée en moyenne que Sarreguemines, mais certaines séries spécifiques sont très recherchées. Le tampon « Saint-Clément » sous la pièce différencie clairement les deux.

Règle pratique : si vous hésitez entre Sarreguemines et Saint-Clément devant une pièce non signée, regardez la qualité d’exécution des reliefs — Sarreguemines est généralement plus précis et plus régulier dans ses finitions. Mais sans tampon, la certitude est impossible. Une pièce non signée vaut toujours moins qu’une pièce clairement estampillée, quelle que soit la manufacture.

5 points à vérifier avant d’acheter une barbotine Sarreguemines

  • Les reliefs sous lumière rasante : posez la pièce près d’une source de lumière directionnelle et examinez chaque relief — un éclat, même minuscule, sur la pointe d’un fruit ou d’une asperge est souvent invisible à l’œil nu en lumière normale mais se lit très bien sous lumière rasante. Un éclat divise la valeur par deux à trois.
  • Le fond de la pièce retournée : cherchez la marque de fabrique, la mention du pays, le numéro de modèle en creux et les éventuelles initiales d’artiste ou de peintre. Notez tout avant de négocier — un numéro identifiable dans un ouvrage de référence change radicalement l’estimation.
  • Les fissures sur l’émail : distinctes des simples craquelures de vieillissement superficiel (inévitables et acceptées), les fissures profondes traversant le corps de la pièce sont des défauts majeurs. Passez un ongle sur la surface — si l’ongle accroche sur une ligne, c’est une fissure, pas une simple craquelure.
  • La cohérence de la patine : une pièce ancienne a une patine homogène sur toute sa surface, y compris dans les creux des reliefs. Une patine artificielle (tabac brun, café) appliquée pour vieillir une pièce récente se concentre souvent dans les creux uniquement et manque de naturel — méfiance sur les pièces « trop patinées ».
  • La concordance marque / décor : un décor majolica Belle Époque sur une pièce marquée « Sarreguemines DV » (donc post-1920) est suspect — cela peut indiquer un décor rapporté, une pièce remontée, ou une erreur d’attribution. Les marques et les décors doivent être cohérents entre eux.

Questions fréquentes sur la barbotine Sarreguemines

Comment reconnaître une barbotine Sarreguemines d'une autre manufacture ?

La première étape est toujours de retourner la pièce. Sarreguemines marque systématiquement sa production — un tampon « Sarreguemines », « Sarreguemines France » ou un monogramme U&C suffit à l’identifier. En l’absence de marquage, la qualité d’exécution des reliefs et la précision des émaux sont des indices, mais sans certitude. Une pièce non signée est difficile à attribuer avec certitude et doit être vendue et achetée comme telle.

Entre 5 et 200 euros selon l’époque, le décor et l’état. Une assiette dessert à décors de fruits des années 1970 vaut 5 à 15 euros. Une assiette Belle Époque à décor naturaliste en relief, marquée avant 1891, en parfait état, peut atteindre 40 à 80 euros à l’unité. Un service complet à asperges ou à huîtres en parfait état se négocie entre 120 et 300 euros.

Partiellement. La mention « France » est imposée à partir de 1891 pour les marchandises exportées — une pièce avec « Sarreguemines France » est donc fabriquée après 1891. Mais cette marque a été utilisée jusqu’à la fermeture en 2007. Elle garantit l’origine, pas l’ancienneté. C’est la combinaison avec les initiales (U&C = avant 1920, DV = après 1920) et le numéro de modèle qui permet de dater finement.

Les pichets zoomorphes (animaux) ou à décors en relief sans figuration humaine sont moins cotés que les anthropomorphes, mais restent des pièces recherchées. Un pichet à décor de coq, de canard ou de grenouille de belle exécution vaut couramment 40 à 120 euros en bon état. Ce qui prime : la précision des reliefs, la vivacité des émaux et la présence du numéro de modèle au dos.

Techniquement oui pour les pièces sans fissure. En pratique, les pièces de collection s’apprécient davantage sur un mur ou dans une vitrine. Le lave-vaisselle est à proscrire absolument — la chaleur et les détergents agressifs ternissent les émaux et fragilisent les reliefs. Si vous souhaitez les utiliser à table, faites-les à la main avec un produit doux.

L’ouvrage de référence des collectionneurs est La Faïence de Sarreguemines d’Alain Benedick, qui recense les modèles, les numéros et les décors. Le musée de la Faïence de Sarreguemines publie également des catalogues très documentés sur des séries spécifiques (pichets anthropomorphes, décors Obernai, productions de guerre…). Ces ouvrages permettent d’identifier un numéro de modèle en quelques minutes.

Conclusion : la barbotine Sarreguemines, deux siècles de savoir-faire au fond de chaque assiette

Collectionner la barbotine Sarreguemines, c’est embrasser deux siècles d’histoire industrielle lorraine, de l’artisanat de la Belle Époque à la production de masse du XXe siècle. Ce qui rend cette collection passionnante, c’est l’accessibilité du point d’entrée — une assiette courante s’achète pour le prix d’un café — et la possibilité toujours ouverte de tomber sur une pièce majolica rare, un pichet anthropomorphe identifié ou un vase peint main qui valent bien plus que leur apparence modeste. Le fond de la pièce retourné, la marque lue, le numéro noté : c’est toujours là que commence l’histoire.

Fiche objet

  • Type d'objet : Faïence fine / grès émaillé en relief — art de table et objets de fantaisie — technique barbotine (pâte colorée moulée en relief)
  • Période / époque : 1790–2007 · 4 périodes : Majolica 1860–1900 · Belle Époque 1890–1914 · Entre-deux-guerres 1918–1940 · Après-guerre 1950–1980
  • Matière / matériaux : Faïence fine ou grès · émail coloré sur reliefs en barbotine · cuisson haute température
  • Signature / marque : Sans « France » = avant 1891 · « Sarreguemines France » = après 1891 · U&C = 1871–1920 · DV = après 1920 · MAJOLICA en creux = 1860–1890 · Numéro de modèle en creux dès 1860
  • Origine géographique : Sarreguemines (Moselle)
  • Estimation : 5–15 € assiette courante 1960–80 · 40–80 € assiette Belle Époque · 120–300 € service asperges/huîtres complet · 80–200 € pichet anthropomorphe courant · 200–600 € pichet anthropomorphe identifié · 300–1 500 € pièce peinte main artiste
  • Rareté : Très commun (services 1960–80) · peu commun (majolica Belle Époque parfait état) · assez rare (pichets anthropomorphes identifiés) · rare (pièces peintes main avec initiales artiste)
Notes & conseils :

Relief sous lumière rasante avant achat · Numéro de modèle = outil d’identification précis · Jamais de lave-vaisselle