Croix de guerre 1914

Chaque étoile, chaque palme sur le ruban raconte un acte de bravoure précis — et un niveau de valeur très différent. Étoile de bronze, palme de vermeil, palme d’argent : le guide pour lire ce que la croix dit vraiment.

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Elle se trouve dans presque tous les vide-greniers, dans les brocantes militaria, au fond des tiroirs de famille : la croix de guerre 1914-1918 est la décoration militaire française la plus répandue — près de deux millions de citations attribuées entre 1915 et 1921. Résultat : elle circule en abondance sur le marché, souvent vendue entre 10 et 30 euros sans autre indication. Pourtant, derrière ce prix modeste peut se cacher une pièce d’une tout autre valeur. Tout dépend des attributs accrochés sur le ruban — étoile de bronze, d’argent, de vermeil ou palme — qui racontent le niveau de bravoure récompensé, et parfois d’une documentation associée qui peut multiplier la valeur par dix. Ce guide vous donne les clés pour lire les attributs, identifier les millésimes, distinguer une pièce d’époque d’une ordonnance moderne et estimer correctement une croix de guerre 14-18.

Histoire de la croix de guerre 1914-1918 : pourquoi elle a été créée

En 1914, la France entre en guerre sans décoration spécifique pour récompenser les actes de bravoure individuels sur le champ de bataille. La Légion d’honneur et la Médaille militaire existent, mais elles sont décernées avec parcimonie pour en préserver le prestige — impossible de les distribuer massivement dans les tranchées. Dès l’automne 1914, l’écrivain Maurice Barrès réclame publiquement la création d’une nouvelle récompense militaire : « une médaille de bronze pour que le chef puisse décorer ses plus braves soldats sur le champ de bataille. »

Le député Bonnefous dépose une proposition de loi en décembre 1914. Elle est adoptée le 8 avril 1915 : la croix de guerre est instituée pour « commémorer, depuis le début de la guerre de 1914-1915, les citations individuelles pour faits de guerre ». Le modèle retenu est celui du sculpteur Albert Bartholomé : une croix pattée en bronze florentin de 37 mm, à quatre branches, avec deux épées croisées entre elles. Sur l’avers figure Marianne coiffée d’un bonnet phrygien. Le revers porte le millésime, modifié chaque année jusqu’à la fin du conflit.

La croix de guerre 1914-1918 n’est pas une décoration en soi : elle est la matérialisation visible d’une citation. Chaque attribut accroch sur son ruban correspond à un acte précis de bravoure, récompensé à un niveau hiérarchique déterminé. C’est ce système d’attributs qui fait toute la complexité — et tout l’intérêt — de la collection.

La croix de guerre est décernée aux combattants — soldats, sous-officiers, officiers — mais aussi aux civils, aux aumôniers militaires, aux ambulanciers, et même, fait rare dans l’histoire des décorations militaires françaises, à des animaux : le pigeon voyageur Cher Ami la reçoit en 1916. Plus de 600 unités militaires, une quarantaine de navires et 2 951 communes l’ont également reçue à titre collectif. L’attribution cesse le 18 octobre 1921.

Fiche technique : ce qu’il faut savoir sur la croix de guerre 1914-1918

Type d’objet
Décoration militaire française — insigne de citation individuelle pour faits de guerre exceptionnels durant la Première Guerre mondiale
Période / époque
Créée par la loi du 8 avril 1915 — attribuée jusqu’au 18 octobre 1921 — quatre millésimes possibles au revers (1914-1915, 1914-1916, 1914-1917, 1914-1918)
Matière / matériaux
Bronze florentin — croix pattée de 37 mm, ruban vert à liserés rouges avec cinq bandes verticales rouges — attributs en bronze, argent ou vermeil selon le niveau de citation
Signature / marque
Fabricant poinçonné sur la tranche ou au revers de la médaille :
  • A. Bartholomé — sculpteur du modèle officiel (nom gravé sur le modèle)
  • Diverses maisons de fabrication agréées (Delande, Augis, Chobillon, etc.) — poinçon sur la tranche
  • Poinçon de garantie des métaux (tête de hibou ou losange) pour les pièces en argent
  • Certaines croix de fabrication de campagne (artisanale) sans poinçon — valeur historique particulière
Origine géographique
France — manufacture officielle, maisons parisiennes agréées (rue de la Paix, Temple, Palais-Royal) ; quelques fabrications de campagne artisanales
Estimation
  • Croix seule sans attribut ni document, bon état : 10 à 30 €
  • Croix avec 1 ou 2 étoiles de bronze : 20 à 50 €
  • Croix avec étoile d’argent ou de vermeil : 40 à 80 €
  • Croix avec palme(s) de bronze : 50 à 150 €
  • Croix avec palme(s) + étoiles combinées, bon état de conservation : 80 à 200 €
  • Croix avec palme d’argent (= 5 citations à l’ordre de l’armée) : 150 à 400 €
  • Croix accompagnée de son brevet, boîte d’origine et citation nominative : 150 à 600 € selon le nombre d’attributs et le profil du titulaire
  • Ensemble complet documenté (titre, brevet, photo, courriers) d’un soldat identifié : 300 à 1 500 € et au-delà pour un as ou un titulaire connu
Rareté
Très commun (plus de 2 millions de citations) — mais les pièces avec nombreuses palmes, en parfait état avec leur documentation complète, sont peu communes à assez rares. Les fabrications artisanales de campagne et les croix de personnalités historiques sont rares à très rares.
Notes & conseils
La croix de guerre 1914-1918 est encore fabriquée aujourd’hui en ordonnance moderne — il est légal de la porter et de la reproduire. La distinction entre une pièce d’époque et une ordonnance moderne récente est donc essentielle avant tout achat ou estimation. La patine du bronze, l’usure du ruban et la qualité de frappe permettent généralement de distinguer les deux. La valeur d’une croix seule reste modeste — c’est la documentation associée qui fait la vraie valeur : brevet de citation nominatif, boîte d’origine, livret militaire, photographie du titulaire. Ne vendez jamais une croix séparée de ses documents sans avoir vérifié si l’ensemble n’a pas une valeur bien supérieure.

Lire les attributs du ruban : le guide indispensable

C’est le point central de toute estimation. La croix de guerre n’est qu’un support — ce sont les attributs accrochés sur son ruban qui racontent l’histoire du titulaire et déterminent la valeur de la pièce. Chaque attribution de citation donne lieu à un attribut spécifique, agrafé sur le ruban selon un protocole précis.

La hiérarchie des attributs, du plus courant au plus rare

  • Étoile de bronze : citation à l’ordre du régiment ou de la brigade — le niveau le plus répandu, accordé par les commandants de régiment. Très nombreuses, elles constituent la majorité des croix trouvées en brocante. Valeur ajoutée limitée.
  • Étoile d’argent : citation à l’ordre de la division — niveau supérieur, accordé par un général de division. Moins fréquente que l’étoile de bronze, elle traduit un acte de bravoure reconnu à un échelon significatif.
  • Étoile de vermeil : citation à l’ordre du corps d’armée — niveau encore supérieur, accordé par un général de corps d’armée. Relativement rare, elle indique une bravoure exceptionnelle reconnue au plus haut niveau divisionnaire.
  • Palme de bronze : citation à l’ordre de l’armée — le plus haut niveau d’attribution individuelle, accordé par le général commandant en chef. Chaque palme représente un acte de bravoure hors du commun. Les croix avec plusieurs palmes sont les plus recherchées.
  • Palme d’argent : remplace cinq palmes de bronze sur le ruban (décret de 1917) — accordée aux soldats ayant reçu cinq citations à l’ordre de l’armée ou plus. Extrêmement rare — les titulaires se comptent en centaines sur les deux millions de récipiendaires. C’est la pièce la plus prisée des collectionneurs.

Comment les attributs sont placés sur le ruban

  • En cas de citation unique, l’étoile ou la palme tient le centre du ruban
  • Plusieurs étoiles se répartissent sur une, deux ou trois lignes selon leur nombre — en triangle (3), en losange (4 ou 5)
  • L’étoile de citation la plus élevée est toujours la plus proche du centre de la poitrine
  • La ou les palmes surmontent toujours les étoiles sur le ruban
  • Le nombre de citations n’est pas limité — la croix de l’aviateur René Fonck portait 27 citations (26 palmes et 1 étoile), celle de Georges Guynemer en comptait 21

Les quatre millésimes : dater une croix de guerre 1914-1918 au revers

L’inscription au revers de la croix change chaque année au fil du conflit — ce millésime permet de dater précisément la période à laquelle la croix a été frappée, et par extension la période probable d’attribution.

  • 1914-1915 : premières croix attribuées à partir d’avril 1915 — les plus précoces, parfois de fabrication moins standardisée. Rares dans cet état ; correspondant aux premières citations de la guerre.
  • 1914-1916 : millésime modifié en cours d’année 1916 — citations de la bataille de Verdun et de la Somme notamment. Millésime de la grande hécatombe.
  • 1914-1917 : troisième millésime — citations de 1917, année des mutineries et de la reprise offensive. Croix parfois attribuées également pour des faits de 1915-1916 régularisés tardivement.
  • 1914-1918 : millésime final — le plus courant, frappé dès la fin du conflit et distribué jusqu’en 1921. La très grande majorité des croix trouvées en brocante portent ce millésime.

Attention : le millésime ne correspond pas nécessairement à la date du fait de guerre récompensé — de nombreuses citations ont été régularisées et attribuées tardivement avec le dernier millésime disponible (1914-1918), même pour des actes commis en 1915 ou 1916.

Croix d’époque ou ordonnance moderne ? Comment faire la différence

C’est la question cruciale que tout acheteur doit poser. La croix de guerre 1914-1918 est encore légalement fabriquée et vendue aujourd’hui comme ordonnance officielle — que ce soit par la Monnaie de Paris ou par des maisons de médailles agréées. Une ordonnance moderne neuve se vend 15 à 40 euros. Une croix d’époque attribuée à un soldat identifié peut en valoir cent fois plus.

Les indices d’une pièce d’époque

  • La patine du bronze : une croix d’époque présente une patine profonde et uniforme, souvent brun foncé à noirâtre dans les creux, avec des reflets dorés sur les parties saillantes. Une ordonnance récente a un bronze trop brillant, trop uniforme.
  • L’usure du ruban : un ruban d’origine présente une décoloration, des effilochures aux extrémités et un toucher différent d’un ruban neuf reconstitué. Les couleurs sont souvent passées — le vert devient olive, le rouge s’estompe.
  • La qualité de frappe : les croix d’époque présentent parfois de légères imperfections de frappe caractéristiques d’une production de guerre en grande quantité. Les ordonnances modernes ont une frappe trop nette, trop parfaite.
  • Les attributs : les étoiles et palmes d’époque ont leur propre patine et usure — cohérentes avec celle de la croix elle-même. Des attributs trop neufs sur une croix ancienne sont suspects.
  • Le poinçon du fabricant : présent sur la tranche de nombreuses croix d’époque — maisons comme Delande, Augis, Chobillon, ou poinçon de garantie. Son absence n’invalide pas la pièce (fabrications de campagne) mais son presence authentifie.

Le cas particulier des fabrications artisanales de campagne

Certaines croix ont été fabriquées directement sur le front par des artisans ou des soldats, à partir de matériaux de récupération — des douilles d’obus, des fragments de métal. Ces pièces, souvent non-réglementaires dans leur aspect, n’ont aucun poinçon officiel mais présentent une valeur historique et émotionnelle considérable. Reconnaissables à leur irrégularité, leur robustesse parfois moindre et leurs finitions artisanales, elles sont très recherchées des collectionneurs spécialisés.

La documentation associée : ce qui multiplie vraiment la valeur

Une croix de guerre isolée raconte peu. Une croix accompagnée de ses documents d’origine raconte tout — et vaut plusieurs fois plus. Voici ce qui compte vraiment pour une estimation précise.

  • Le brevet de citation nominatif : document officiel signé par l’autorité militaire, mentionnant le nom, le grade, le régiment et le texte complet de la citation. C’est le document le plus valorisant — il transforme une croix anonyme en pièce documentée et permet une recherche historique sur le titulaire.
  • La boîte d’origine : écrin officiel en carton ou en bois dans lequel la croix était remise. Sa présence atteste la non-modification de l’ensemble et augmente sensiblement la valeur.
  • Le livret militaire : document retraçant l’intégralité du parcours du soldat — régiment, campagnes, blessures, citations. Associé à la croix, il permet une reconstitution complète de la carrière militaire du titulaire.
  • La photographie du titulaire : portrait en uniforme avec la décoration, souvent réalisé après-guerre. Elle humanise la pièce et est très appréciée des collectionneurs.
  • Les lettres du front et correspondance familiale : très rares, elles ajoutent une dimension humaine irremplaçable à l’ensemble. Un lot complet (croix + brevet + photo + lettres) peut facilement atteindre plusieurs centaines d’euros.

Ne séparez jamais une croix de guerre de ses documents. Une croix vendue seule sans brevet ni livret perd 60 à 80 % de sa valeur potentielle. Avant de vendre, vérifiez soigneusement l’intégralité de ce qui accompagnait la décoration.

Les croix de guerre les plus recherchées par les collectionneurs

  • Croix avec palme d’argent : cinq citations à l’ordre de l’armée ou plus — les pièces les plus rares et les plus cotées du marché. Un titulaire de palme d’argent est un héros de guerre reconnu au plus haut niveau.
  • Croix avec plusieurs palmes de bronze : chaque palme supplémentaire augmente significativement la valeur — une croix « multi-palmes » bien documentée est toujours très demandée.
  • Croix de l’aviation : les aces de l’aviation (Guynemer, Fonck, Nungesser) ont des croix chargées de palmes — les exemplaires liés à l’aviation de la Grande Guerre sont très recherchés par les collectionneurs d’aéronautique militaire.
  • Croix du millésime 1914-1915 : les premières croix attribuées, les plus précoces — rares en bon état avec leur documentation.
  • Ensemble complet avec brevet et boîte : la présence de l’écrin d’origine et du brevet nominatif transforme n’importe quelle croix en pièce de collection documentée.
  • Fabrications artisanales de campagne : croix fabriquées sur le front à partir de matériaux de récupération — valeur historique unique, très appréciées des spécialistes.
  • Croix attribuée à un titulaire identifiable dans les archives : si le nom du titulaire permet de retrouver son dossier dans les archives militaires (Mémoire des Hommes), la valeur documentaire s’envole.

Questions fréquentes sur la croix de guerre 1914-1918

Comment savoir si ma croix de guerre est d'époque ou une ordonnance moderne ?

Examinez la patine du bronze — une pièce d’époque a une patine profonde, brun foncé dans les creux, impossible à reproduire rapidement. L’usure du ruban (décoloration, effilochures), la qualité de frappe légèrement irrégulière et la présence d’un poinçon de fabricant sur la tranche sont des indicateurs supplémentaires. Une ordonnance moderne a un bronze trop brillant et un ruban aux couleurs trop vives.

Une croix seule sans document vaut entre 10 et 50 euros selon les attributs présents sur le ruban. Avec un brevet de citation nominatif et une boîte d’origine, la valeur monte à 100-400 euros. Un ensemble complet documenté (brevet, photo, livret militaire) d’un soldat bien identifié peut atteindre 500 à 1 500 euros, voire davantage pour un titulaire connu ou une croix chargée de plusieurs palmes.

L’étoile (bronze, argent ou vermeil) correspond à une citation aux ordres du régiment, de la division ou du corps d’armée — des niveaux intermédiaires. La palme (bronze ou argent) correspond à une citation à l’ordre de l’armée — le niveau le plus élevé, accordé par le commandant en chef. Plus la hiérarchie est haute, plus la citation est prestigieuse et la pièce valorisée.

Oui, totalement légal en France. Les décorations militaires françaises peuvent être achetées, vendues et collectionnées librement. Seule restriction : il est interdit de les porter si l’on n’en est pas le titulaire légitime ou un ayant droit — mais leur commerce et leur collection sont parfaitement légaux.

Si le brevet nominatif mentionne le nom et le régiment, le site Mémoire des Hommes met à disposition les dossiers de pension, les fiches des soldats morts pour la France et les journaux de marche des régiments. Le Service Historique de la Défense (SHD) à Vincennes conserve les dossiers individuels complets pour de nombreux soldats. Une recherche dans ces archives peut transformer une simple croix de guerre en histoire familiale complète.

Les deux décorations ont la même forme générale — croix pattée en bronze sur le même modèle Bartholomé. La distinction se fait d’abord au revers : le millésime inscrit (1914-1918 pour la première, 1939 ou 1939-1940 pour la seconde). Ensuite au ruban : la croix 14-18 a un ruban vert avec liserés rouges et cinq bandes verticales rouges ; la croix 39-45 a un ruban composé de deux bandes rouges extérieures encadrant quatre bandes vertes séparées par des rayures rouges — très différent à l’œil.

Conclusion : la croix de guerre 1914-1918, une décoration abondante mais toujours émouvante

Collectionner les croix de guerre 1914-1918, c’est entrer dans l’histoire de France par sa porte la plus humaine — un acte de bravoure individuel, un nom, un régiment, une tranchée. La pièce elle-même est courante et accessible. Ce qui la rend précieuse, c’est ce qu’elle porte sur son ruban — chaque palme, chaque étoile — et surtout ce qui l’accompagne : le brevet qui nomme le soldat, la photo qui lui donne un visage, les lettres qui racontent sa vie. Ne vendez jamais une croix seule sans avoir vérifié si son ensemble documentaire ne vaut pas dix fois plus. Et si vous êtes acheteur : recherchez toujours la documentation — c’est là que réside la vraie valeur.

Fiche objet

  • Type d'objet : Décoration militaire française · citation individuelle pour faits de guerre 14-18
  • Période / époque : 1915–1921 · 4 millésimes : 1914-1915 / 1916 / 1917 / 1918
  • Matière / matériaux : Bronze florentin 37 mm · attributs bronze, argent, vermeil · ruban vert à liserés rouges
  • Signature / marque : Poinçon fabricant sur la tranche (Delande, Augis, Chobillon…) · modèle sculpteur Bartholomé
  • Origine géographique : France
  • Estimation : 10–30 € (seule) · 50–150 € (palme) · 150–400 € (palme d'argent) · 300–1 500 € (ensemble documenté)
  • Rareté : Très commun (2M+) · palme d'argent : très rare · ensemble complet documenté : assez rare
Notes & conseils :

La documentation multiplie la valeur par 5 à 10. Ne jamais séparer la croix de son brevet. Patine + usure ruban = pièce d’époque vs ordonnance neuve.