Il traîne sur les tables de bistrot depuis des décennies, ignoré par des milliers de clients pressés. Et pourtant, le cendrier Ricard jaune 51 est aujourd’hui l’un des objets publicitaires les plus collectionnés de France. Son jaune soleil caractéristique, son numéro « 51 » en relief et sa robustesse légendaire en font une pièce immédiatement reconnaissable — et dont la cote ne cesse de grimper depuis l’interdiction de fumer dans les lieux publics en 2008, qui a précipité la disparition de millions d’exemplaires. Qu’il soit en verre épais, en mélamine ou en céramique, chaque variante a ses spécificités, ses amateurs et son prix. Ce guide vous donne toutes les clés pour identifier, dater et estimer votre cendrier Ricard avec précision.
L’histoire du cendrier Ricard est indissociable de celle de la marque elle-même. Fondée en 1932 par Paul Ricard à Marseille, la société développe très tôt une stratégie publicitaire agressive et cohérente : inonder les cafés, restaurants et bistrots de France d’objets à son effigie — verres, carafes, plateaux, parasols, et bien sûr cendriers. L’objectif est simple : rendre la marque omniprésente sur chaque table de café, du Nord au Sud de la France.
Le cendrier jaune frappé du chiffre 51 — référence directe au degré d’alcool du pastis Ricard — devient rapidement l’un des supports publicitaires les plus emblématiques de cette stratégie. Produit en quantités industrielles à partir des années 1950 et 1960, il accompagne le développement fulgurant de la marque dans l’après-guerre, période pendant laquelle la consommation de pastis explose dans toute la France. Des millions d’exemplaires sont distribués gratuitement aux cafetiers — ce qui explique pourquoi on en trouve encore aujourd’hui dans les brocantes, les greniers et les vide-greniers.
Le cendrier Ricard jaune 51 n’est pas simplement un objet publicitaire — c’est un fragment de vie quotidienne française, le témoin silencieux de milliers de parties de pétanque et d’apéritifs en terrasse.
La loi Evin de 1991, puis l’interdiction de fumer dans les établissements recevant du public en 2008, marquent le début de la fin pour le cendrier de bistrot. Des millions d’exemplaires sont jetés, stockés ou vendus. Paradoxalement, c’est cette disparition progressive qui déclenche l’engouement des collectionneurs : ce qui était banal devient rare, et ce qui était ignoré devient recherché.
Sous l’apparente uniformité du jaune Ricard se cache une diversité de variantes qui passionne les collectionneurs les plus pointus. Forme, matériau, typographie du « 51 », teinte exacte du jaune, présence ou absence du logo soleil — chaque détail peut faire la différence entre un exemplaire courant et une pièce recherchée.
Les premiers cendriers Ricard produits dans les années 1950 et 1960 sont en verre épais soufflé ou moulé, d’un jaune intense et profond qui vieillit avec une belle patine ambrée. Le chiffre « 51 » et l’inscription « Ricard » y sont moulés en relief directement dans la masse du verre — pas sérigraphiés, pas collés. Ce détail technique est fondamental : il garantit l’ancienneté de la pièce et son authenticité, car les reproductions récentes n’utilisent jamais ce procédé coûteux. Le fond de ces versions anciennes est souvent épais et lourd, avec une base légèrement irrégulière caractéristique du verre moulé à la main.
À partir des années 1970, la mélamine — matière plastique thermodurcissable très résistante aux chocs — remplace progressivement le verre dans de nombreux cafés. Le cendrier Ricard en mélamine est plus léger, quasi incassable, et se décline dans un jaune légèrement plus vif que la version verre. L’inscription « 51 » y est généralement sérigraphiée ou moulée en surface. Moins prisé que le verre par les puristes, il représente néanmoins une part importante de la production totale et constitue un point d’entrée accessible dans la collection Ricard.
Au-delà du cendrier rond standard, Ricard a produit au fil des décennies des variantes de format (carré, rectangulaire, ovale) et des variantes de couleur — versions blanches, versions bleues marine, ou encore versions bicolores jaune et bleu qui constituent aujourd’hui certaines des pièces les plus recherchées de la collection. Ces variantes hors standard ont souvent été produites en plus petites quantités pour des événements spéciaux, des régions particulières ou des campagnes promotionnelles limitées, ce qui explique leur rareté et leur attrait pour les collectionneurs avancés.
À partir des années 1990 et jusqu’à l’arrêt progressif de la distribution en 2008, la qualité de fabrication décline sensiblement. Les versions en plastique fin, aux couleurs moins saturées et à l’inscription sérigraphiée sans relief, ont peu de valeur aux yeux des collectionneurs. Plus préoccupantes encore, des reproductions récentes imitant les versions en verre des années 1960 circulent sur le marché depuis quelques années — elles se distinguent à leur poids (plus léger), à la finesse de leur paroi et à l’absence de la légère irrégularité caractéristique du verre ancien.
Le cendrier Ricard jaune 51 s’inscrit dans un ensemble plus vaste : la collection d’objets publicitaires Ricard, qui comprend des verres à pastis, des carafes, des plateaux de service, des thermomètres émaillés, des parasols de terrasse miniatures et bien d’autres supports. Certains collectionneurs se spécialisent exclusivement dans la marque Ricard et constituent des ensembles remarquables qui retracent l’histoire graphique et publicitaire de la marque sur près d’un siècle.
Dans ce contexte plus large, le cendrier reste l’objet le plus accessible et le plus immédiatement reconnaissable de la gamme — ce qui en fait souvent la première pièce d’une collection qui s’étend ensuite vers des objets plus rares et plus coûteux. Les lots associant cendrier, verre et carafe d’origine assortis sont particulièrement recherchés et peuvent atteindre des prix significativement supérieurs à la somme des pièces prises individuellement.
Collectionner le cendrier Ricard jaune 51, c’est collectionner un morceau de France — la France des bistrots, des parties de pétanque, des apéritifs en terrasse et de la publicité populaire d’après-guerre. Sa simplicité apparente cache une réelle richesse de variantes, une histoire graphique fascinante et une cote en progression constante depuis que les terrasses françaises l’ont définitivement rangé. Accessible pour le débutant, passionnant pour le spécialiste, il reste l’un des objets publicitaires les plus gratifiants à collectionner — et l’un des plus faciles à trouver pour commencer.
Vous avez trouvé un cendrier Ricard et souhaitez l’identifier ou connaître sa valeur ? Décrivez-le en commentaire — matériau, présence du relief, état général — et notre communauté se fera un plaisir de vous aider.
Les critères les plus fiables sont le matériau (verre épais = plus ancien), la technique d’inscription (relief moulé = ancien, sérigraphie = plus récent) et le poids (un vrai verre ancien est nettement plus lourd qu’une reproduction). La teinte du jaune — plus ambrée et profonde sur les versions anciennes — est également un bon indicateur, bien que subjectif.
Un cendrier en verre épais des années 1960 en parfait état se négocie entre 25 et 60 euros. Une version en mélamine en bon état vaut 10 à 25 euros. Les versions plastiques tardives dépassent rarement 5 euros. Les variantes rares (couleurs non standard, formats atypiques) peuvent atteindre 150 euros chez les collectionneurs spécialisés.
Le 51 fait référence au degré d’alcool du pastis Ricard — 45° pour le pastis standard, mais la tradition marketing de la marque a popularisé le « 51 » comme identifiant fort depuis les années 1950. Ce chiffre est devenu à lui seul un logo, immédiatement associé à la marque dans l’inconscient collectif français.
Trois tests simples : le poids (les reproductions sont plus légères), l’épaisseur de la paroi (plus fine sur les reproductions) et la qualité du relief du « 51 » (moins net et moins profond sur les reproductions). La légère irrégularité du fond, caractéristique du verre moulé à l’ancienne, est également un bon indicateur d’authenticité que les reproductions industrielles ne reproduisent pas.
Les deux approches coexistent. Le collectionneur débutant part souvent d’une belle pièce en verre et élargit progressivement. Le collectionneur avancé cherche à constituer des séries chronologiques montrant l’évolution du design et des matériaux, ou des lots thématiques (toutes les variantes de couleur, tous les formats). Les séries complètes documentées sont les plus valorisées sur le marché spécialisé.
Vérifiez l’absence d’éclats. Méfiez-vous des reproductions légères à paroi fine.