Le jaune soleil, la chéchia rouge, le bol fumant et ce slogan gravé dans la mémoire collective : la plaque émaillée Banania est l’un des objets publicitaires français les plus reconnaissables — et les plus copiés. Sur les marchés aux puces, en brocante, sur eBay ou Le Bon Coin, des dizaines de reproductions en tôle fine circulent aux côtés de vraies pièces d’origine dont la valeur peut atteindre plusieurs centaines d’euros. La distinction entre les deux n’est pas toujours évidente, d’autant que trois grandes périodes graphiques se succèdent sur plus d’un demi-siècle, avec des valeurs et des critères d’authenticité très différents. Ce guide vous donne toutes les clés pour identifier une plaque Banania authentique, la dater avec précision et l’estimer correctement.
La marque Banania naît en 1914, lorsque Pierre-François Lardet lance en France une poudre chocolatée à base de farine de banane, cacao, céréales et sucre. Dès les premiers mois, la Première Guerre mondiale offre à la marque une opportunité publicitaire inattendue : Lardet envoie quatorze wagons de Banania au front, et le produit devient la boisson des poilus dans les tranchées.
C’est dans ce contexte de guerre que naît, en 1915, la figure la plus emblématique de la marque : le tirailleur sénégalais dessiné par l’affichiste franco-italien Giacomo de Andreis, coiffé de sa chéchia rouge à pompon bleu, tenant un bol de chocolat. Le slogan « Y’a bon » lui est adjoint en 1917. Cette image — dans les couleurs caractéristiques de la marque, jaune pour la banane, rouge et bleu pour l’uniforme des tirailleurs — va dominer toute la communication de Banania pendant plus de cinquante ans.
En termes d’art publicitaire, le tirailleur Banania est une icône au même titre que le bébé Cadum ou le Bibendum Michelin — une image qui traverse le XXe siècle et fait aujourd’hui l’objet d’une collection internationale active.
En 1959, l’affichiste Hervé Morvan modernise le personnage : le tirailleur devient plus cartoon, simplifié, réduit à sa tête et sa main tenant une cuillère, le corps formé par l’assemblage de deux bananes stylisées. Cette version « Morvan » est celle que l’on retrouve le plus souvent sur les plaques des années 1960. Le personnage disparaît définitivement des supports publicitaires en 1967, remplacé par un écusson stylisé jaune dit « tête écusson », puis en 1970 par un enfant blond souriants — marquant ainsi la fin d’une époque et le début d’une autre pour les collectionneurs.
Dater une plaque Banania ne demande pas d’expertise particulière — il suffit de reconnaître à quelle période graphique appartient le visuel. Ces trois périodes correspondent à des valeurs marchandes très différentes et constituent le premier repère du collectionneur.
C’est le graphisme original, le plus ancien et le plus recherché. Le tirailleur sénégalais y est représenté de manière réaliste : silhouette complète ou buste détaillé, chéchia rouge à pompon bleu bien visible, bol fumant en main, expression joviale. Les plaques de cette période présentent souvent un fond jaune intense caractéristique, avec des couleurs vives et profondes liées aux techniques d’émaillage de l’époque. Elles sont les plus rares en bon état — plus de soixante ans de vie en extérieur ont souvent laissé des traces.
En 1959, l’affichiste Hervé Morvan modernise le personnage. Le tirailleur devient plus graphique, plus stylisé : sa silhouette est réduite à l’assemblage de deux bananes formant le corps, sa tête simplifiée mais toujours coiffée de la chéchia rouge, une cuillère à la main. Ce graphisme plus moderne et plus « publicitaire » correspond à la grande période de distribution des plaques dans les commerces et cafés français dans les années 1960. C’est le visuel que la majorité des collectionneurs reconnaissent spontanément comme « le Banania ».
En 1967, sous pression des mouvements antiracistes naissants, le tirailleur sénégalais disparaît des publicités Banania. Il est d’abord remplacé par un écusson stylisé jaune reprenant symboliquement la forme du visage du personnage, dit « jaune tête écusson », puis en 1970 par un enfant blond souriants. Les plaques de cette dernière période sont les moins recherchées des collectionneurs spécialisés, bien qu’elles aient une valeur documentaire intéressante pour les amateurs d’histoire publicitaire.
Sur le marché Banania, une confusion revient régulièrement et peut coûter cher : la distinction entre plaque émaillée véritable et tôle lithographiée. Les deux sont d’époque, les deux ont une valeur de collection — mais elles ne se valent pas et ne se testent pas de la même manière.
Le test le plus simple : soupesez la pièce. Une vraie plaque émaillée est nettement plus lourde qu’une tôle lithographiée, elle-même plus lourde qu’une reproduction. Examinez ensuite un bord ou un éclat en coupe — les couches d’émail d’une vraie plaque sont visibles, denses et bien adhérentes à l’acier.
La plaque émaillée Banania s’inscrit dans le segment très actif de l’art publicitaire français — aux côtés de Michelin, Dubonnet, Poulain, Menier ou Lustucru. Ce marché, longtemps confidentiel, connaît depuis une trentaine d’années une progression régulière des prix et une internationalisation de sa clientèle. Les ventes aux enchères spécialisées à Drouot, Rossini ou Salorges Enchères voient régulièrement des collectionneurs européens s’affronter sur des lots publicitaires Banania.
Dans ce contexte, Banania bénéficie d’un double atout : une image graphique immédiatement reconnaissable même par des non-collectionneurs, et une histoire de marque suffisamment riche pour alimenter une collection thématique complète — plaques émaillées, tôles lithographiées, thermomètres, boîtes métalliques, affiches, figurines et objets dérivés. Les collectionneurs les plus pointus reconstituent des ensembles chronologiques couvrant les trois grandes périodes graphiques — une démarche qui peut représenter plusieurs années de chinage et des investissements significatifs pour les pièces les plus rares.
Commencez par soupesez la plaque — une vraie plaque émaillée est lourde. Retournez-la ensuite pour chercher un tampon de fabricant au dos. Examinez un bord ou un éclat en coupe pour voir les couches d’émail. Une surface légèrement irrégulière en lumière rasante et une patine cohérente complètent les indicateurs d’authenticité.
La valeur dépend avant tout de la période graphique et de l’état. Une petite tôle lithographiée courante vaut 20 à 80 euros. Une plaque émaillée authentique avec le tirailleur Morvan des années 1960 vaut 150 à 400 euros. Une grande plaque avec le tirailleur original de Giacomo de Andreis en bon état peut dépasser 600 euros.
La plaque émaillée est en tôle d’acier épaisse recouverte d’émail vitrifié par cuissons — lourde, couleurs profondes, couches visibles en coupe. La tôle lithographiée est une impression directe sur métal, plus légère, sans vitrification. Les deux sont d’époque et collectionnables, mais la plaque émaillée vaut systématiquement plus.
Le personnage du tirailleur sénégalais, créé en 1915 dans un contexte colonial, a progressivement été critiqué pour ses stéréotypes racistes. Il disparaît des supports publicitaires en 1967, remplacé par un écusson stylisé, puis en 1970 par un enfant blond. Cette évolution graphique est aujourd’hui un outil de datation précieux pour les collectionneurs.
Les ventes aux enchères spécialisées en art publicitaire (Rossini, Salorges Enchères, Drouot) offrent les meilleures garanties d’authenticité. Les brocantes et marchés aux puces permettent encore des découvertes à prix raisonnables, à condition de savoir distinguer original, tôle lithographiée et reproduction. Sur eBay et Le Bon Coin, la vigilance s’impose face aux nombreuses reproductions. Bien demander des informations complémentaires avant achat.
Non — le thermomètre, bien que très décoratif et collectionnée, est généralement moins valorisé qu’une grande plaque émaillée d’époque. Un thermomètre authentique en émail avec graduation lisible se négocie entre 80 et 200 euros. Son intérêt réside dans sa complémentarité avec la collection de plaques pour reconstituer un ensemble publicitaire Banania cohérent.
Collectionner les plaques émaillées Banania, c’est embrasser un siècle de publicité française — avec ses codes graphiques, ses évolutions esthétiques et son histoire culturelle complexe. Le marché est actif, les reproductions abondantes, et les vraies pièces se raréfient progressivement. La clé est de maîtriser les trois périodes graphiques pour dater au premier coup d’œil, de savoir distinguer émail véritable et tôle lithographiée, et de ne jamais acheter sans avoir soupesé et retourné la pièce. Pour le débutant, les petites tôles lithographiées des années 1960 restent le meilleur point d’entrée. Pour le collectionneur confirmé, la grande plaque émaillée tirailleur de Giacomo de Andreis en parfait état est l’acquisition de référence.
Soupesez avant d’acheter. 3 périodes = 3 valeurs très différentes. Plaque émaillée ≠ tôle lithographiée — ne pas confondre.