
Fronton en laiton, cadran émaillé, balancier qui oscille dans une caisse peinte : l’horloge comtoise est née dans le Haut-Jura vers 1680. Voici comment la dater, repérer un mariage et connaître sa vraie valeur en 2026.
Bijoux & horlogerie Par Corentin Mis à jour le 18 octobre 2026 13 min de lecture
En un coup d'œil
Nom peint sur le cadran, le plus souvent celui du revendeur et de sa ville, rarement celui du fabricant
Prix constatés en brocante et en salle des ventes, détaillés et sourcés dans la fiche ci-dessous.
L’horloge comtoise est une horloge à poids et à balancier fabriquée dans le Haut-Jura (Morbier, Morez, Foncine) de la fin du XVIIe siècle au début du XXe siècle. On la reconnaît à son mouvement logé dans une cage en fer, à son fronton en laiton au-dessus du cadran et, le plus souvent, à sa haute caisse en bois peint ou ciré. Pour la dater, regardez le fronton, le cadran, le balancier et le nombre d’aiguilles. Côté prix, une comtoise courante du XIXe siècle est souvent estimée entre 50 et 120 € en salle des ventes, alors qu’un mouvement du XVIIIe siècle peut dépasser 2 000 $.
Une horloge comtoise est une horloge mécanique à poids, réglée par un balancier, dont le mouvement est monté dans une cage en fer démontable. Deux mécanismes y sont placés côte à côte : l’un fait tourner les aiguilles, l’autre commande la sonnerie. Chacun est entraîné par un poids en fonte, d’environ 5 kg selon Wikipédia.
On l’appelle aussi horloge de Morbier ou de Morez, du nom des villages du Haut-Jura où elle était fabriquée. La haute caisse en bois (la « gaine ») ne fait pas partie de l’horloge d’origine : le mouvement pouvait être vendu nu et accroché au mur, la gaine étant ajoutée ensuite, souvent fabriquée loin du Jura.
La comtoise se distingue ainsi d’une pendule ancienne de cheminée, qui fonctionne à ressort et tient sur un meuble. Elle doit être suspendue ou posée dans sa gaine, avec assez de hauteur pour la descente des poids pendant toute la durée de marche.
L’horloge comtoise naît dans le Haut-Jura à la fin du XVIIe siècle. Selon un récit de 1821 repris par l’Inventaire du patrimoine de Bourgogne-Franche-Comté, un membre de la famille Mayet, de Morbier, aurait copié en fer l’horloge en bois du couvent des capucins de Saint-Claude vers 1660 ; l’Inventaire précise qu’il s’agirait plutôt de Claude Mayet, né en 1619, aidé de ses quatre fils. Les Mayet réduisent ensuite le format de ces horloges et adoptent le pendule décrit par Huygens en 1673 : l’écart de marche passe alors de 10 à 15 minutes à 10 à 15 secondes par jour.
L’activité gagne rapidement Bellefontaine, Foncine-le-Bas, Foncine-le-Haut, Fort-du-Plasne et Morez, où se concentrent forges, fonderies et émailleurs. Le travail se fait d’abord à domicile, sous la direction de négociants, puis dans des usines au XIXe siècle (Odobey, Bailly-Comte, Cretin-l’Ange). En 1882, le canton de Morez compte 55 fabriques et 3 275 emplois.
Très probablement dans la région de Morez, selon Wikipédia.
Un des premiers exemples datés de mouvement « cage fer » dans le Jura.
Horloge d'applique conservée au musée de la Lunette, à Morez.
100 000 horloges comtoises et d'édifice, 80 000 caisses d'horloges.
35 000 comtoises, concurrencées par les coucous de la Forêt-Noire.
Selon Wikipédia ; un musée allemand retient 1939.
Jean Sdrigotti, à Besançon, puis l'entreprise SERAMM.
Les chiffres de production varient selon les sources : l’Inventaire régional cite 100 000 horloges comtoises et d’édifice pour le seul canton de Morez en 1867, le musée de l’horlogerie de la Sarre avance 100 000 comtoises en 1887, et Wikipédia en anglais parle de plus de 60 000 pièces par an entre 1850 et 1890. Tous s’accordent sur un point : la comtoise a été fabriquée en très grand nombre, ce qui explique qu’on en trouve encore partout en France.
Pour dater une horloge comtoise, on combine quatre indices : le fronton (la plaque décorative en laiton au-dessus du cadran), le cadran, le balancier et le nombre d’aiguilles. Aucun indice ne suffit seul, car les pièces ont souvent été remplacées au fil du temps. Ce sont leur cohérence et la qualité du mouvement qui permettent de situer l’horloge.
Aiguille des heures seule, balancier placé derrière les poids, caisse en fer.
Douze petites plaques émaillées pour les heures ; cadrans émaillés d'abord achetés en Suisse.
Coq, soleil ou aigle. Les frontons antérieurs sont simplement découpés.
Apparition de l'aiguille des minutes, selon le musée de la Sarre.
Souvent signé, du nom de l'horloger ou du revendeur.
Ou figure de la Liberté.
Décor impérial.
Repoussé à la presse, d'abord en deux parties, puis d'un seul tenant avec l'entourage du cadran.
Simple anneau de laiton, pour écoles, gares et bureaux.
Sources : Inventaire du patrimoine de Bourgogne-Franche-Comté, Wikipédia, guide du musée de l’horlogerie de la Sarre. Dates indicatives.
Les sources ne donnent pas la même date pour le fronton estampé d’un seul tenant avec l’entourage du cadran : le musée de la Sarre le situe à partir de 1840, Wikipédia dans la seconde moitié du XIXe siècle. Retenez qu’un grand décor de laiton repoussé encadrant tout le cadran désigne une comtoise du XIXe siècle, la période la plus représentée en brocante. Selon Wikipédia, les frontons au coq et au soleil sont associés à la Restauration.
Une horloge comtoise à une seule aiguille appartient en principe aux premières générations, avant l’apparition de l’aiguille des minutes vers le milieu du XVIIIe siècle. L’horloge de Pierre Claude Mayet conservée à Morez, datée vers 1720-1730, n’a qu’une aiguille, un cadran en laiton et un balancier en plomb au bout d’une chaînette. Mais une aiguille seule ne prouve rien si le reste ne suit pas : vérifiez que le cadran, la cage et le fronton sont cohérents avec cette époque.
Le balancier d’une horloge comtoise a beaucoup évolué, ce qui en fait un bon indice de datation. Sur les modèles anciens, c’est une simple masse de plomb au bout d’un fil ou d’une chaînette, placée à l’arrière ; au XIXe siècle, il devient une grande pièce de laiton estampé, dorée et peinte, parfois animée d’un automate.
Balancier suspendu derrière le mouvement.
Tige rigide terminée par une lentille de laiton.
Mis en valeur par les gaines arrondies.
Laiton estampé, doré, peint, parfois animé.
Sources : guide du musée de l’horlogerie de la Sarre, Inventaire du patrimoine de Bourgogne-Franche-Comté, Wikipédia.
Le mécanisme d’une horloge comtoise se reconnaît à sa cage en fer : des piliers et des platines en fer maintiennent les rouages, avec deux trains côte à côte. Le timbre (la cloche) en bronze est placé au-dessus. Sur les mouvements du XVIIIe siècle décrits par les maisons de ventes, on trouve souvent un échappement à verge, une suspension à fil et parfois un réveil. Certains modèles possèdent une répétition de la sonnerie.
Attention : une cage en fer ne garantit pas l’ancienneté. Selon Wikipédia, l’entreprise SERAMM de Jean Sdrigotti, qui relance ce mouvement à Besançon en 1969, a produit jusqu’à 1 000 mouvements « cage fer » par mois dans les années 1970-1980. Des fabricants comme Vuillemin, à Besançon, ou Converset, à Héricourt, ont aussi entretenu cette tradition.
La caisse d’une horloge comtoise n’était pas fabriquée par l’horloger du Jura : selon Wikipédia, les gaines en bois étaient réalisées dans toute la France et adaptées au style régional, avec une grande variété de décors, souvent floraux. Le village jurassien de Bois-d’Amont en produisait aussi un grand nombre en épicéa. Une même famille de mouvements se retrouve donc dans des meubles très différents.
Le prix d’une horloge comtoise du XIXe siècle est modeste en salle des ventes : les lots relevés chez plusieurs commissaires-priseurs français sont estimés entre 50 et 120 €, caisse comprise. Les mouvements du XVIIIe siècle, plus rares, atteignent davantage : de 500 à 2 600 $ chez la maison américaine Schmitt Horan, sans gaine en bois, sans poids ni balancier.
233 cm, sans mouvement. De Baecque, janvier 2023 (estimation 50 à 100 €).
Mouvement signé Farcy à Chablis, 234 cm. Métayer-Mermoz, résultat avec frais.
Deux timbres, cadran émaillé fleuri, poids et balancier. De Baecque, avril 2023.
Balancier en tôle repoussée et peinte, cadran émaillé. Pescheteau-Badin, 2021.
240 cm. Paris Oise Enchères, Chantilly.
Cadran à cartouches émaillés, cartouche du fabricant manquant. Schmitt Horan.
Façade en bronze, sonnerie heures et demies. Schmitt Horan.
Sonnerie sur deux timbres. Schmitt Horan.
Sonnerie des quarts, échappement rare, de Morbier. Schmitt Horan.
Réveil central, fronton ajouré abîmé. Schmitt Horan.
Sources : fiches de lots des maisons De Baecque, Métayer-Mermoz, Pescheteau-Badin et Paris Oise Enchères (estimations ou résultats), prix réalisés de la vente n° 1018 de Schmitt Horan. Prix indicatifs.
Pour une comtoise du XIXe siècle, la caisse et le mouvement valent peu séparément : une gaine seule en noyer a été adjugée 60 € chez De Baecque. Pour une comtoise du XVIIIe siècle, c’est au contraire le mouvement qui porte la valeur : cadran à cartouches, fronton coulé, une aiguille ou un échappement particulier intéressent les collectionneurs, avec ou sans gaine. En annonces entre particuliers, les prix demandés sont nettement plus élevés : un relevé de Galerie Création les situe de 400 à 1 500 € selon l’état, mais ce sont des prix affichés, pas des prix de vente.
Le principal piège avec une horloge comtoise n’est pas la contrefaçon, mais le mariage : un mouvement monté dans une caisse qui n’était pas la sienne, ou un cadran, un fronton et un balancier réunis après coup. Comme la gaine était fabriquée près du lieu de vente et le mouvement dans le Jura, l’assemblage d’origine était déjà fait de deux provenances. Ce qui compte, c’est que les éléments soient de la même époque.
Pour une pièce présentée comme du XVIIIe siècle, demandez l’avis d’un commissaire-priseur ou d’un expert en horlogerie avant d’acheter : seule une observation du mouvement permet de confirmer l’époque.
Pour réparer une horloge comtoise ancienne, mieux vaut confier le mouvement à un horloger : nettoyage, usure des pivots et réglage de la sonnerie demandent un démontage complet de la cage. Deux réglages restent toutefois à votre portée : la mise d’aplomb et l’avance ou le retard.
Le musée de la Lunette, à Morez, conserve la comtoise de Pierre Claude Mayet. Pour chiner, les brocantes du Jura et du Doubs sont les terrains les plus logiques ; ailleurs, consultez l’agenda des brocantes. Si vous aimez l’horlogerie ancienne, lisez aussi nos fiches sur la montre à gousset ancienne, la pendule ancienne et les montres Lip anciennes, ou toute la catégorie bijoux et horlogerie.
Une horloge comtoise du XIXe siècle, la plus courante, vaut peu en salle des ventes : les lots relevés chez De Baecque, Métayer-Mermoz, Pescheteau-Badin ou Paris Oise Enchères sont estimés entre 50 et 120 €, caisse comprise. Les mouvements du XVIIIe siècle se vendent davantage, de 500 à 2 600 $ chez Schmitt Horan. En annonces, les prix demandés sont plus élevés que les prix réellement payés.
Observez quatre éléments. Un cadran en laiton à une seule aiguille indique une horloge antérieure au milieu du XVIIIe siècle. Des cartouches émaillés apparaissent vers 1720, le fronton coulé vers 1720-1725, le fronton estampé après 1815-1820. Le balancier en lyre date du milieu du XIXe siècle. Vérifiez que tous ces indices concordent, car les pièces ont souvent été changées.
Les premières horloges comtoises, vers 1680-1720, n’indiquaient que les heures, avec une seule aiguille sur un cadran en laiton. L’aiguille des minutes ne s’impose qu’au milieu du XVIIIe siècle, vers 1760 selon le musée de l’horlogerie de la Sarre. Une comtoise à une aiguille est donc en principe ancienne, à condition que le cadran, le fronton et la cage confirment cette époque.
Remontez la lentille du balancier en tournant l’écrou situé dessous. En raccourcissant le balancier, vous accélérez ses oscillations et l’horloge rattrape son retard. Procédez par petites corrections, puis observez la marche pendant une journée avant de recommencer. Si l’horloge avance, faites l’inverse : descendez la lentille.
La cause la plus fréquente est un défaut d’aplomb : une horloge à balancier doit être de niveau, sinon les battements deviennent inégaux et le balancier finit par s’arrêter. Écoutez le tic-tac et calez la caisse jusqu’à ce qu’il soit régulier. Si l’horloge s’arrête toujours, le mouvement est sans doute encrassé ou usé : confiez-le à un horloger.
Adressez-vous à un horloger habitué aux mouvements anciens à poids, de préférence spécialisé dans les comtoises. Des fabricants perpétuent encore cette tradition, comme la manufacture Vuillemin à Besançon ou Converset à Héricourt. Demandez un devis après examen du mouvement : un nettoyage complet impose de démonter la cage.
Pour une comtoise courante du XIXe siècle, une petite annonce ou un stand de vide-grenier conviennent, en gardant à l’esprit que les enchères dépassent rarement 120 €. Pour un mouvement du XVIIIe siècle, une pièce signée ou une caisse peinte de qualité, faites-la estimer par un commissaire-priseur, qui pourra la proposer en salle des ventes.
L’horloge comtoise est aussi appelée horloge de Morbier ou de Morez, du nom des deux localités du Haut-Jura où elle était fabriquée. On parle également de « comtoise » tout court. En anglais, on la désigne comme « Comtoise clock » ou « Morbier clock ». La haute caisse en bois qui l’abrite s’appelle la gaine.
Face à une horloge comtoise, ouvrez la caisse avant de regarder le meuble : la cage en fer, le cadran, le fronton et le balancier racontent l’histoire de la pièce. Une aiguille unique et un cadran en laiton désignent une horloge ancienne ; un grand décor repoussé et un balancier en lyre, une comtoise du XIXe siècle, de loin la plus courante et la plus abordable. Pour une pièce du XVIIIe siècle, prenez l’avis d’un expert. Pour continuer à chiner, parcourez nos fiches d’objets de brocante et l’agenda des brocantes.
Crédits photo
Fiche rédigée par la rédaction de Brocnote, mise à jour le 18 octobre 2026. Les fourchettes de prix sont des ordres de grandeur constatés en vente et en salle des ventes : elles varient selon l’état, la rareté et le lieu de vente.
Les brocantes et les marchés aux puces, où exposent les marchands professionnels, restent les meilleurs endroits pour dénicher ce type d'objet. Ce week-end, 74 brocantes, vide-greniers et marchés aux puces sont annoncés sur Brocnote. Voici les départements les plus actifs en ce moment.