
La faïence de Quimper est une céramique peinte à la main, produite depuis plus de trois siècles dans le quartier de Locmaria, à Quimper (Finistère). Trois manufactures ont bâti sa réputation : HB (la Grande Maison de la Hubaudière), Porquier-Beau et Henriot. Pour identifier une pièce, retournez-la : la marque peinte au revers (HB, HR, PB ou « Henriot Quimper ») désigne la manufacture et situe l’époque. Côté prix, une pièce courante du XXe siècle s’adjuge une vingtaine d’euros en moyenne, tandis qu’une création d’artiste des années 1920-1930 peut dépasser plusieurs milliers d’euros.
Une faïence est une terre cuite recouverte d’un émail blanc opaque, sur lequel le décor est peint à la main. À Quimper, ce travail est resté manuel : chaque pièce est décorée à main levée, ce qui explique les petites différences d’un bol ou d’une assiette à l’autre. C’est aussi ce qui distingue une faïence de Quimper d’une vaisselle au décor imprimé en série.
La production est née dans le quartier de Locmaria, au bord de l’Odet. D’abord utilitaire, elle devient au XIXe siècle une faïence de décor et de souvenir, portée par l’essor du tourisme en Bretagne et par un motif devenu célèbre : le Petit Breton, personnage en costume traditionnel peint au centre de la pièce. Selon les sources, ce décor apparaît vers 1870-1875.
L’histoire commence avec Jean-Baptiste Bousquet, potier venu de Provence et installé à Locmaria à la fin du XVIIe siècle. La manufacture actuelle retient 1690 comme date de fondation ; d’autres sources situent son arrivée en 1699 et la construction du premier four par son fils Pierre en 1708. Passée par alliance à la famille De la Hubaudière à la fin du XVIIIe siècle, cette « Grande Maison » signera ses pièces des initiales HB.
Deux concurrentes s’installent dans le même quartier. La poterie fondée par François Eloury en 1778 devient la maison Porquier en 1838, puis Porquier-Beau vers 1875, lorsque le peintre Alfred Beau s’associe à l’entreprise : ses scènes bretonnes et ses décors botaniques comptent parmi les faïences de Quimper les plus cotées. La troisième, née de la poterie de Guillaume Dumaine (1791), prend son essor quand Jules Henriot y lance la faïence artistique en 1891. Porquier-Beau cesse sa production en 1904 ; Henriot en rachète la marque, les moules et les poncifs en 1913.
Dans les années 1920 et 1930, HB et Henriot font appel à des artistes : Mathurin Méheut dessine pour Henriot les services de la Mer et de la Galette (1925), René Quillivic conseille HB, qui lance aussi les grès Odetta. Les deux rivales finissent par fusionner à la fin des années 1960 sous le nom de Faïenceries de Quimper. Après une faillite en 1983, l’entreprise est relancée en 1984 par Paul et Sarah Janssens, puis reprise en 2011 par Jean-Pierre Le Goff sous le nom Henriot-Quimper.
Pierre Bousquet, fils de Jean-Baptiste, fonde la première faïencerie de Quimper.
Elle prend le nom de Porquier en 1838.
Fondée par Guillaume Dumaine.
Le peintre Alfred Beau s'associe à la maison Porquier.
Il vient de prendre la tête de la manufacture.
Avec les moules et les poncifs, neuf ans après l'arrêt de la production.
Les deux maisons forment les Faïenceries de Quimper.
Un an après la faillite de l'entreprise.
La manufacture prend le nom Henriot-Quimper.
À Quimper, la marque est le plus souvent peinte à la main au revers de la pièce, en bleu ou en noir. Elle indique d’abord la manufacture, puis, par déduction, une période de fabrication. Nettoyez le dessous au chiffon doux et lisez les lettres à la lumière du jour : un H suivi d’un B n’a pas la même histoire qu’un H suivi d’un R.
Initiales de la manufacture De la Hubaudière, la « Grande Maison », souvent suivies du mot Quimper.
Marque de la maison Porquier pour sa production courante.
Porquier-Beau : les lettres entrelacées dessinent un trèfle à trois feuilles. Marque reprise ensuite par Henriot.
Marque de la manufacture Henriot avant la signature en toutes lettres.
Signature en toutes lettres, souvent complétée par le mot France et un numéro d'atelier.
Grès de haut de gamme lancés par HB, accompagnés du monogramme HB.
Marque commune adoptée après la fusion des deux manufactures.
Ateliers quimpérois indépendants : Paul Fouillen s'installe en 1945, Keraluc est active de 1946 à 1984.
La date pivot à retenir est 1922 : avant, les pièces Henriot portent le sigle HR ; après, la signature « Henriot Quimper » s’écrit en toutes lettres. Une pièce marquée HB-Henriot est forcément postérieure à la fusion de 1969. À l’inverse, l’absence de marque n’exclut pas une origine quimpéroise, surtout pour les pièces les plus anciennes, mais elle complique l’attribution et pèse sur le prix.
Sous la signature figurent souvent un nombre ou quelques lettres : 72, 82, 95, 101… La maison de ventes Millon décrit par exemple une pièce marquée « Henriot Quimper 82 France ». Ces chiffres ne sont ni une date de fabrication, ni un numéro de tirage limité : ce sont des repères internes à l’atelier, que les collectionneurs rattachent au peinteur ou au décor. Ils n’ajoutent donc aucune valeur par eux-mêmes. Une véritable édition limitée se reconnaît à sa justification complète, du type 12/100, et au nom de l’artiste qui l’accompagne.
Le décor le plus répandu associe un Petit Breton ou une Bretonne en costume, entourés de touches végétales, à une bordure de fleurs ou de rinceaux bleus. C’est le « style Quimper » que l’on croise sur la plupart des stands. D’autres familles de décors intéressent davantage les collectionneurs :
Assiettes, plats, bols à oreilles, pichets, coquetiers, beurriers et soupières forment l’essentiel de ce que l’on trouve en vide-grenier. Le fameux bol à oreilles au prénom, souvenir breton par excellence, est d’ailleurs une invention de la faïencerie Henriot. Ces pièces de série, produites en grand nombre tout au long du XXe siècle, se vendent à petit prix, sauf état irréprochable et décor particulièrement soigné.
À l’autre bout de l’échelle, les créations d’artistes de l’entre-deux-guerres et les Porquier-Beau du XIXe siècle passent surtout en salle des ventes. Leur valeur tient à la signature, à la rareté du modèle et à la qualité de la peinture. Si vous pensez tenir une pièce de ce type, ne la nettoyez pas agressivement et montrez-la à un spécialiste avant toute mise en vente.
La très grande majorité des faïences de Quimper vaut peu. D’après la maison de ventes Millon, les productions populaires s’adjugent une vingtaine d’euros par pièce en moyenne, et les assiettes et plats au Petit Breton dépassent rarement 300 €. La même source situe la fourchette globale entre 20 € et 30 000 €, le haut de l’échelle étant réservé aux créations d’artistes.
Moyenne par pièce pour les productions populaires. Exemples : pot à lait HB adjugé 5 €, bougeoir adjugé 20 €.
Bel état et décor soigné. Ce plafond est rarement dépassé.
Selon l'objet, pour les productions antérieures à la fin du XIXe siècle.
Décor au couple breton, vendue en janvier 2026.
Modèle « Femmes de l'Île-aux-Moines », à quatre anses ajourées.
Manufacture Henriot, vers 1929, 35 cm de haut.
Sculptée pour la manufacture Henriot dans les années 1930.
Adjugé en 2017.
Source : résultats de ventes et repères d’estimation publiés par la maison de ventes Millon. Prix donnés à titre indicatif.
Presque toutes les pièces Henriot portent une signature : elle ne crée donc pas la valeur à elle seule, pas plus que le numéro d’atelier peint à côté. Ce qui compte, c’est ce qui s’ajoute à la marque : le nom d’un artiste, un décor rare, une grande taille, une époque ancienne (sigle HR ou trèfle PB). Une assiette « Henriot Quimper France » au Petit Breton reste une pièce de série, estimée quelques dizaines d’euros au mieux dans la plupart des cas.
Sans surprise, c’est en Bretagne que l’offre est la plus abondante. Les vide-greniers et brocantes du Finistère, du Morbihan, des Côtes-d’Armor et d’Ille-et-Vilaine sont les meilleurs terrains de chasse ; ailleurs en France, consultez l’agenda des brocantes pour repérer les déballages près de chez vous.
Pour une estimation, envoyez des photos nettes de la pièce et de sa marque à un commissaire-priseur : plusieurs maisons de ventes proposent une estimation gratuite en ligne, et des études bretonnes organisent des ventes consacrées aux arts de Bretagne. Pour vendre une pièce courante, une petite annonce ou un stand de vide-grenier suffisent ; pour une pièce d’artiste, la salle des ventes offre la meilleure visibilité.
Pour vous faire l’œil, rien ne vaut le Musée de la Faïence de Quimper (14, rue Jean-Baptiste-Bousquet, à Locmaria) : environ 500 pièces y sont exposées par roulement, sur une collection de plus de 2 000 œuvres. Le musée ferme en hiver : vérifiez les dates d’ouverture avant de vous déplacer.
Lavez une faïence ancienne à la main, à l’eau tiède et au savon doux, sans la laisser tremper : l’eau s’infiltre par les éclats et tache la terre sous l’émail. Évitez le lave-vaisselle, le four à micro-ondes et les chocs thermiques, qui ternissent les couleurs et aggravent les fêles. Pour la vaisselle de fabrication récente, suivez les indications du fabricant.
À lire aussi sur Brocnote : la barbotine de Sarreguemines, les vases de Vallauris et la vaisselle Villeroy et Boch, ou toutes nos fiches céramiques et verreries.
Retournez la pièce et cherchez la marque peinte à la main : HB, HR, PB, « Henriot Quimper » ou HB-Henriot. Vérifiez ensuite que le décor est bien peint au pinceau, avec de légères irrégularités d’une pièce à l’autre, et non imprimé. Le mot « Quimper » seul ne suffit pas, car le style a été imité ailleurs en France.
Regardez la marque. Le sigle HR correspond aux pièces antérieures à 1922. La signature « Henriot Quimper » en toutes lettres est utilisée après 1922, et la marque HB-Henriot après la fusion de 1969. Le style du décor et la forme de la pièce permettent ensuite d’affiner. Les numéros peints sous la signature ne sont pas des dates.
Ce sont deux manufactures concurrentes du quartier de Locmaria. HB désigne la Grande Maison de la Hubaudière, héritière de la première faïencerie de Quimper. Henriot est issue de la poterie Dumaine, développée par Jules Henriot à partir de 1891. Longtemps rivales, elles ont fusionné à la fin des années 1960, d’où la marque HB-Henriot.
Une assiette de série au Petit Breton vaut en général de quelques euros à quelques dizaines d’euros. Selon la maison de ventes Millon, les assiettes et plats de ce type dépassent rarement 300 €, même en très bel état. Seules les assiettes d’artistes et les Porquier-Beau du XIXe siècle sortent de cette fourchette.
Les nombres peints sous la signature, comme 72, 82 ou 101, sont des repères internes à l’atelier, que les collectionneurs rattachent au peinteur ou au décor. Ils ne correspondent ni à une année, ni à un tirage limité, et n’augmentent pas la valeur de la pièce. Seule une justification du type 12/100, accompagnée d’un nom d’artiste, signale une édition numérotée.
Adressez-vous à un commissaire-priseur, de préférence habitué aux arts de Bretagne : beaucoup de maisons de ventes estiment gratuitement sur photos. Envoyez une vue d’ensemble, une photo de la marque et une photo des éventuels défauts. Pour une pièce courante, comparer les prix réellement payés en salle des ventes ou sur les sites d’annonces suffit généralement.
Mieux vaut l’éviter pour une pièce ancienne. Les cycles chauds et les détergents ternissent les couleurs peintes à la main et fragilisent les pièces déjà fêlées. Lavez-les à la main, à l’eau tiède, sans trempage prolongé. Pour la vaisselle de fabrication récente, reportez-vous aux consignes du fabricant.
La manufacture Henriot-Quimper, héritière de HB et de Henriot, est toujours installée dans le quartier de Locmaria. Reprise en 2011 par Jean-Pierre Le Goff, elle continue de décorer ses pièces à la main. D’autres ateliers quimpérois ont marqué le XXe siècle, comme Fouillen et Keraluc.
Face à une faïence de Quimper, le bon réflexe tient en trois gestes : retourner la pièce, lire la marque, examiner l’état. Le sigle HR ou le trèfle PB annoncent une pièce ancienne, « Henriot Quimper » une fabrication postérieure à 1922, HB-Henriot une production d’après 1969. Dans la plupart des cas, vous tiendrez un joli souvenir breton à quelques dizaines d’euros ; plus rarement, une pièce d’artiste qui mérite l’avis d’un commissaire-priseur. Pour continuer à chiner, parcourez nos fiches d’objets de brocante et l’agenda des brocantes.
Crédits photo
Fiche rédigée par la rédaction de Brocnote, mise à jour le 11 octobre 2026. Les fourchettes de prix sont des ordres de grandeur constatés en vente et en salle des ventes : elles varient selon l’état, la rareté et le lieu de vente.