
Verre émaillé, camée gravé à l’acide, marque Mont Joye : le vase Legras, sorti des verreries de Saint-Denis, se croise souvent en brocante. Voici comment lire sa signature, l’attribuer quand elle manque et estimer son prix.
Céramiques & verreries Par Corentin Mis à jour le 18 octobre 2026 13 min de lecture
En un coup d'œil
Vers 1864 à la fin des années 1920 (fin de production datée de 1928 à 1935 selon les sources)
Prix constatés en brocante et en salle des ventes, détaillés et sourcés dans la fiche ci-dessous.
Un vase Legras est un vase en verre produit par les verreries Legras de Saint-Denis, près de Paris, de la fin du XIXe siècle aux années 1920 : verre émaillé de fleurs et d’or, verre givré à l’acide, camée multicouche à paysages ou feuillages, puis décors géométriques Art déco. Pour le reconnaître, cherchez la signature « Legras », souvent intégrée au décor, ou la marque à l’écu « Mont Joye ». En salle des ventes, les résultats relevés vont d’environ 300 € pour une paire de vases émaillés à près de 1 800 € pour un ensemble de trois grands camées. Beaucoup de pièces ne sont pas signées : elles s’attribuent par comparaison avec les catalogues de la maison.
Un vase Legras est une pièce de verre décoratif fabriquée par la maison Legras et Cie, installée à La Plaine Saint-Denis. Selon la fiche du catalogue du patrimoine de la région Émilie-Romagne, l’entreprise est devenue la plus grande verrerie d’art française, avec environ 1 500 ouvriers et 150 décorateurs à son apogée. Cette échelle explique pourquoi les vases Legras sont si nombreux en brocante : la maison produisait à la fois des pièces d’exposition et une large gamme commerciale.
La notice d’une vente publiée sur Drouot.com précise qu’au début du XXe siècle, la maison s’est spécialisée dans le verre camée gravé à l’acide inspiré de Gallé, avec beaucoup de pièces destinées à la vente courante et quelques pièces plus soignées pour les expositions internationales. C’est le principal point commun, et la principale source de confusion, avec le vase Gallé et le vase Daum.
Les verreries Legras sont nées à La Plaine Saint-Denis au milieu du XIXe siècle, mais leurs dates précises diffèrent selon les sources. La Bibliothèque nationale de France identifie François-Théodore Legras, né le 27 décembre 1839 à Claudon (Vosges) et mort le 2 août 1916 à Paris, comme maître verrier et directeur des Verreries et cristalleries de Saint-Denis. Selon Wikipédia, il entre à la verrerie de La Plaine Saint-Denis à 24 ans, en devient directeur en 1866, fait construire une usine moderne et une cité ouvrière, et transmet la direction en 1909 à son neveu Charles Legras.
D’autres sources donnent une version différente. Le guide de prix Kovels et la fiche d’Émilie-Romagne attribuent la fondation à un « Auguste Legras », qui aurait acquis la verrerie de Saint-Denis en 1864 ; une notice de vente sur Drouot.com nomme le fondateur Auguste Jean-François Legras (1817-1887). La fiche d’Émilie-Romagne fait succéder son fils Charles dès 1900. Wikipédia relève de son côté que certains catalogues donnent à tort les prénoms Jean-François ou Auguste au maître verrier.
Le rapprochement avec Pantin est lui aussi daté différemment. La fiche d’Émilie-Romagne indique un rachat de verreries à Pantin et à Aubervilliers en 1897, puis l’acquisition de la Cristallerie de Pantin en 1919. Le Cooper Hewitt (Smithsonian) situe la fusion après la Première Guerre mondiale, et Kovels en 1920, sous le nom de Verreries et Cristalleries de Saint-Denis et de Pantin réunies. Interrompue en 1914, la production reprend après l’armistice sans retrouver son importance d’avant-guerre ; la maison entre en 1924 dans l’orbite du groupe lyonnais Souchon-Neuvesel, la marque Legras étant conservée.
La fin de la production artistique n’a pas de date unique : 1928 selon Wikipédia, 1931 selon Kovels, tandis que la fiche d’Émilie-Romagne évoque une direction artistique confiée à Auguste Heiligenstein de 1926 à 1935.
À Claudon, dans les Vosges (BnF).
Acquisition en 1864 (Kovels, Émilie-Romagne) ; direction en 1866 (Wikipédia).
Selon la fiche d'Émilie-Romagne.
François-Théodore Legras (Wikipédia).
1900 selon Émilie-Romagne (son fils), 1909 selon Wikipédia (son neveu).
Acquisition en 1919 (Émilie-Romagne), fusion en 1920 (Kovels).
La marque Legras est conservée (Émilie-Romagne).
1928 (Wikipédia), 1931 (Kovels), 1935 (Émilie-Romagne).
La signature d’un vase Legras se trouve très souvent sur la paroi, près de la base, dans le décor lui-même, et non sous le pied. Sur les camées, le mot « Legras » est dégagé à l’acide dans la couche de verre, comme une feuille du décor ; sur les verres émaillés, il est peint. Une maison de ventes décrit ainsi deux vases du modèle « Epsom » comme « signés dans le décor ». Tournez donc le vase lentement à la lumière, en suivant le bas du motif.
Dégagée à l'acide dans la paroi, intégrée au décor des vases multicouches.
À l'émail ou à l'or, sur les verres émaillés et givrés.
En camée dans un cartouche, sur des vases Art déco gravés à la roue.
Forme abrégée, relevée sur un vase Art déco à décor géométrique.
Nom du site, relevé sur des pièces émaillées et dorées sur fond givré.
Marque dorée sous la base : figure d'évêque dans un écu renversé, « MONT » et « JOYE » en arc, « L. C. » souligné.
Mention ajoutée sous la base de pièces exportées, en plus de la signature Legras.
Sources : Musée des Arts décoratifs de Budapest (marque Mont Joye), fiche du patrimoine d’Émilie-Romagne, descriptions de lots Dorotheum et Cottone, descriptions des photos sur Wikimedia Commons.
La marque Mont Joye est bien une marque Legras. Le Musée des Arts décoratifs de Budapest conserve un vase aux chardons de la maison Legras et Cie, daté vers 1910, portant sous la base un cachet doré : une figure d’évêque dans un écu, les mots « MONT » et « JOYE » et le monogramme « L. C. » pour Legras et Cie. Selon la fiche d’Émilie-Romagne, le nom renvoie au cri de guerre des rois de France, inhumés dans la basilique voisine de Saint-Denis ; la même fiche date un vase marqué « Mont Joye L C » vers 1890-1903 et indique que la signature a été relancée sous la direction d’Auguste Heiligenstein (1926-1935). On trouve aussi l’orthographe « Montjoye » dans les descriptions de vente.
Un vase Legras non signé n’est pas rare, et il peut être authentique. Les maisons de ventes attribuent alors la pièce en comparant sa forme, son décor et sa technique avec les modèles répertoriés. Un vase tube au décor de pensées émaillées décrit par la Gazette Drouot en octobre 2026, par exemple, est présenté comme « attribué à » Legras, sans signature, parce qu’il correspond à la planche 9 du catalogue de la maison (modèle « Lamartine »). De même, un centre de table émaillé ancien a été présenté sur Drouot.com comme une œuvre Legras non signée, vers 1900.
Pour vous orienter :
Un vase Legras non signé se vend en général moins cher qu’une pièce signée du même modèle, car l’attribution reste une opinion. L’écart dépend de la solidité de cette attribution : un modèle identifié dans le catalogue de la maison, comme le vase « Lamartine », se défend bien mieux qu’un verre émaillé « dans le goût de Legras ». Les résultats publiés que nous avons consultés ne permettent pas de chiffrer un écart moyen : faites estimer la pièce par un commissaire-priseur, photos du décor et de la base à l’appui.
Il n’existe pas de catalogue en ligne officiel des vases Legras, mais trois types de références servent aux experts. Les maisons de ventes les citent dans leurs descriptions de lots, ce qui permet de vérifier qu’un modèle est bien répertorié.
Les modèles portent souvent un nom propre, comme « Epsom » ou « Lamartine » dans les descriptions de vente. Notez le nom donné par le vendeur et vérifiez-le dans ces ouvrages, en bibliothèque ou auprès d’un expert.
Le prix d’un vase Legras va de quelques centaines d’euros pour une pièce émaillée courante à environ 1 800 € pour un bel ensemble de camées, d’après les adjudications que nous avons relevées entre 2018 et 2025. Les grandes pièces de camée à paysage et les modèles Art déco signés se situent dans le haut de la fourchette ; les petits vases émaillés de série, souvent ébréchés, dans le bas.
Fleurs de passion stylisées orange et noir, 21,5 cm, marqués Legras, vers 1925. Bonhams, Édimbourg, juin 2018, frais compris.
38,4 cm, vers 1910-1914, « Made in France » sous la base. Dorotheum, Vienne, mars 2018 (mise à prix, résultat non publié).
Environ 28,5 cm, feuilles et vigne sur fond blanc givré, signé Legras en camée, vers 1900. Cottone Auctions, mars 2025, frais compris.
31 à 44 cm, rehauts d'or, signature gravée Legras, 1900-1914. Estimation 1 200 à 1 800 €. Dorotheum, Vienne, juin 2019.
Sources : résultats publiés par Bonhams, Dorotheum et Cottone Auctions. Prix indicatifs, frais acheteur inclus quand la maison le précise.
La signature rassure l’acheteur et facilite la vente, mais elle ne fait pas à elle seule le prix d’un vase Legras signé : la maison a beaucoup produit, et une petite pièce émaillée signée reste une pièce de série. Ce qui fait monter l’estimation :
La couleur aide surtout à identifier une famille de production : le verre vert teinté dans la masse et doré est l’une des spécialités citées par les sources, le vert antique se retrouve sur des modèles Art déco, et les camées de la série Rubis jouent sur le contraste avec un fond givré. Les résultats consultés ne permettent pas de dire qu’une couleur vaut systématiquement plus qu’une autre : la qualité du décor et l’état restent déterminants.
Les vases Legras se trouvent partout en France, mais la région parisienne reste un bon terrain, à commencer par les brocantes de la Seine-Saint-Denis, berceau de la verrerie. Ailleurs, consultez l’agenda des brocantes. Pour une estimation, envoyez à un commissaire-priseur une vue d’ensemble, une photo de la signature (ou de la base si elle manque) et des défauts éventuels.
Lavez un vase Legras à la main, à l’eau tiède et au savon doux, sans le laisser tremper. N’utilisez ni éponge abrasive ni produit agressif : l’émail et les rehauts d’or s’usent vite. Pour un dépôt calcaire au fond, laissez agir un peu d’eau tiède vinaigrée, sans frotter le décor, puis rincez. Évitez le lave-vaisselle et les chocs thermiques.
À lire aussi sur Brocnote : les vases Lalique, la lampe en opaline, les émaux de Longwy, ou toutes nos fiches céramiques et verreries.
Cherchez d’abord la signature « Legras », souvent intégrée au décor près de la base, en camée ou peinte, ou la marque à l’écu « Mont Joye » avec le monogramme L C sous le pied. Vérifiez ensuite la technique : émail en relief rehaussé d’or, fond givré à l’acide ou camée multicouche. Sans signature, comparez la forme et le décor avec le catalogue de la maison avant de parler de Legras.
Sur la plupart des vases Legras, la signature est placée sur la paroi, près de la base, et fait partie du décor : dégagée à l’acide sur les camées, peinte sur les verres émaillés. La marque Mont Joye, elle, est un cachet doré apposé sous la base. Certaines pièces exportées portent aussi « Made in France » sous le pied.
Oui, un vase Legras non signé peut avoir de la valeur si l’attribution repose sur un modèle répertorié. Les maisons de ventes présentent alors la pièce comme « attribuée à » Legras, en citant par exemple une planche du catalogue de la maison. Le prix reste généralement inférieur à celui d’une pièce signée équivalente, car l’attribution demeure une opinion d’expert.
D’après des adjudications publiées entre 2018 et 2025, une paire de vases Legras émaillés s’est vendue 275 £ chez Bonhams, un vase camée de la série Rubis 720 $ chez Cottone, et un ensemble de trois grands camées 1 792 € chez Dorotheum. Taille, technique, décor et état font varier le prix.
Oui. « Mont Joye » est une marque de la maison Legras et Cie de Saint-Denis. Un vase conservé au Musée des Arts décoratifs de Budapest, daté vers 1910, porte un cachet doré avec une figure d’évêque dans un écu, les mots MONT JOYE et le monogramme L. C. Le nom évoque le cri de guerre des rois de France, inhumés à la basilique de Saint-Denis.
Oui, plusieurs références existent. La maison Legras publiait des catalogues commerciaux à planches numérotées. Les experts citent aussi l’ouvrage Legras verrier (Argus Valentines, 2002), présenté comme catalogue raisonné, et la monographie François-Théodore Legras, verrerie artistique et populaire française (2012), qui reproduit des planches de la maison.
Le style et la technique donnent la période d’un vase Legras. Les verres émaillés et dorés sur fond givré relèvent surtout de la fin du XIXe siècle et de la Belle Époque, les camées multicouches des années 1900-1914, les décors géométriques gravés à la roue des années 1920-1930. Les sources divergent sur la fin de la production : 1928, 1931 ou 1935.
Nettoyez un vase Legras à la main, à l’eau tiède et au savon doux, sans trempage prolongé. Proscrivez le lave-vaisselle, les éponges abrasives et les produits agressifs, qui usent l’émail et les rehauts d’or. Pour un dépôt calcaire au fond, un peu d’eau tiède vinaigrée suffit, en évitant de frotter le décor.
Face à un vase Legras, trois gestes suffisent pour commencer : chercher la signature dans le décor près de la base, regarder sous le pied pour l’écu Mont Joye, puis identifier la technique (émail, givrage, camée, gravure à la roue). Une pièce signée et en bon état se vend de quelques centaines d’euros à près de 2 000 € pour les plus beaux camées ; une pièce non signée demande une attribution sérieuse, appuyée sur le catalogue de la maison. Pour une pièce importante, l’avis d’un commissaire-priseur reste indispensable. Pour continuer à chiner, parcourez nos fiches d’objets de brocante.
Crédits photo
Fiche rédigée par la rédaction de Brocnote, mise à jour le 18 octobre 2026. Les fourchettes de prix sont des ordres de grandeur constatés en vente et en salle des ventes : elles varient selon l’état, la rareté et le lieu de vente.
Les brocantes et les marchés aux puces, où exposent les marchands professionnels, restent les meilleurs endroits pour dénicher ce type d'objet. Ce week-end, 74 brocantes, vide-greniers et marchés aux puces sont annoncés sur Brocnote. Voici les départements les plus actifs en ce moment.