
Fond bleu turquoise, fleurs cernées de noir, cachet au revers : les émaux de Longwy se reconnaissent vite. Voici comment lire les marques et les numéros, dater une pièce et connaître son prix réel aux enchères.
Céramiques & verreries Par Corentin Mis à jour le 18 octobre 2026 13 min de lecture
En un coup d'œil
Prix constatés en brocante et en salle des ventes, détaillés et sourcés dans la fiche ci-dessous.
Les émaux de Longwy sont des faïences décorées d’émaux colorés, posés goutte à goutte dans des alvéoles délimitées par un trait noir, produites à Longwy (Meurthe-et-Moselle) depuis les années 1870. Pour les reconnaître, retournez la pièce : un cachet (souvent un blason couronné, ou la mention Primavera pour l’Art déco) et des numéros manuscrits de forme (F) et de décor (D) figurent au revers. Côté prix, les petites pièces courantes s’adjugent souvent entre 50 et 200 €, tandis qu’un vase Art déco ou un tirage limité signé dépasse parfois 1 500 € aux enchères.
Les émaux de Longwy sont des pièces de faïence dont le décor est formé d’émaux épais et brillants, séparés par un fin trait noir appelé cerne. On les dit souvent « cloisonnés », mais le terme est impropre : contrairement aux cloisonnés d’Asie, il n’y a aucun fil de métal. Le trait noir est imprimé sur la faïence, à la main ou au calque, et c’est lui qui forme les alvéoles à remplir.
Le résultat se reconnaît au toucher : l’émail forme un léger relief, les couleurs sont franches et le fond est souvent bleu turquoise ou bleu céruléen, semé de fleurs et d’oiseaux d’inspiration orientale. On trouve aussi des fonds noirs, jaunes, blanc craquelé, ou le « bleu de Sèvres » foncé.
La pièce est d’abord moulée en barbotine dans un moule en plâtre, séchée, puis cuite une nuit à environ 1 050 °C : c’est le biscuit. Le décor est imprimé en noir, puis chaque alvéole reçoit son émail coloré, goutte après goutte, au pinceau ou au bâton de bois, car l’émail sèche aussitôt au contact du biscuit poreux. Suivent deux cuissons à 750 °C, une éventuelle pose d’or cuite à 600 °C, et un colorant qui fait ressortir les craquelures.
Selon les étapes décrites pour la manufacture, une même pièce demande 30 à 50 heures de travail ; un chat simple prend environ deux semaines. Certains ateliers ajoutent des rehauts, des reliefs d’émail posés sur l’émail sec, que le rehausseur signe parfois de ses initiales.
La faïencerie de Longwy est fondée en 1798 par Charles Régnier, dans un ancien couvent de carmélites. Elle produit d’abord des services de table classiques. Rachetée en 1816 par Jean-Antoine de Nothomb, elle passe ensuite au baron Henri-Joseph d’Huart, puis à ses fils Fernand et Hippolyte en 1866 : la famille d’Huart dirigera l’entreprise jusqu’aux années 1970.
Les émaux apparaissent vers 1870, en réponse à la vogue des cloisonnés d’Extrême-Orient. On cite souvent le nom d’Amédée de Caranza, mais aucune preuve ne confirme son passage à Longwy. Le décor D188, semis de fleurs blanches et roses sur fond bleu céruléen d’inspiration japonaise, date de 1885 et reste produit aujourd’hui.
À partir de 1918, Longwy s’associe à l’atelier Primavera des magasins du Printemps. Des artistes comme Claude Lévy, Jean Luce, Jean Olin ou Raymond Chevallier y dessinent des décors stylisés, souvent sur fond blanc craquelé. La manufacture participe à l’Exposition internationale des arts décoratifs de 1925. Des pièces portent aussi le cachet de Pomone, l’atelier du Bon Marché. Après la guerre, en 1945, Maurice-Paul Chevallier prend la direction artistique.
L’histoire récente est faite de crises. Selon les sources, la faïencerie historique dépose son bilan en 1976 ou 1977 et est liquidée ; la société Faïenceries et Émaux de Longwy est créée en 1978, puis reprise en 1991 par la famille Kostka. Placée en redressement judiciaire en 2015, elle est confiée le 11 décembre 2015 par le tribunal de commerce de Briey au groupe Emblem de Martin Pietri, qui crée la Manufacture des Émaux de Longwy 1798.
Cette manufacture a de nouveau été placée en redressement judiciaire, environ dix-huit mois avant une audience de février 2026. Pour la sauver, elle a ouvert son capital aux particuliers (450 000 € réunis) et mené une campagne Ulule close le 18 février 2026 à 1 005 473 €. Le 26 février 2026, un jugement a arrêté un plan de redressement pour une durée de 10 ans. En mai 2026, la presse locale faisait état de plus de 400 nouveaux actionnaires. Nous n’avons pas trouvé d’information plus récente sur la situation de l’entreprise.
Faïencerie installée dans un ancien couvent de Longwy.
Fernand et Hippolyte d'Huart ; leurs armoiries au houx apparaissent au dos des pièces.
En réponse aux cloisonnés d'Extrême-Orient.
Fleurs blanches et roses sur fond bleu céruléen, toujours produit.
Atelier d'art des magasins du Printemps, style Art déco.
Point culminant de la période Art déco.
Appel à des designers contemporains.
Naissance de la Manufacture des Émaux de Longwy 1798.
Après une campagne Ulule de 1 005 473 €.
Pour dater un émaux de Longwy, lisez le revers : le cachet imprimé indique l’époque ou l’atelier, et certains biscuits portent même un poinçon dateur en creux. Les numéros manuscrits renseignent sur la forme et le décor, pas sur l’année. Les repères ci-dessous sont ceux que nous avons pu vérifier ; ils ne couvrent pas toutes les marques, et l’avis d’un spécialiste reste utile pour une pièce importante.
Armes des fils d'Huart, portées au dos des pièces à partir de leur direction.
Période Huart Frères, par exemple sur une coupe japonisante vers 1878.
Marque du service de table Henri II.
Mois et année frappés dans la pâte : exemples d'octobre 1909 et de novembre 1928.
Pièces dessinées pour l'atelier du Printemps.
Pièces éditées pour l'atelier du Bon Marché.
Tampon relevé sur une coupe au décor abstrait.
Sources : catalogue et résultats de la vente Rouillac du 3 février 2007 ; Wikipédia, « Faïenceries et émaux de Longwy ».
Le cachet le plus fréquent est un blason couronné, avec ou sans ruban, parfois entouré de dix croix de Lorraine et de la mention « Société des Faïenceries Longwy » : on le voit par exemple sur une coupe portant aussi un poinçon dateur de novembre 1928. Seul, ce blason ne suffit pas à dater précisément. La mention « Atelier d’Art » demande aussi de la prudence : elle figure sur une pièce Art déco associée au Bon Marché, sur une plaque de 1969 et sur un vase de Danillo Curetti, créateur arrivé à Longwy en 1983.
Sous un émaux de Longwy, la lettre F suivie d’un nombre désigne la forme et la lettre D le décor. Le musée national d’archéologie, d’histoire et d’art du Luxembourg décrit ainsi un pot à lait des années 1930 marqué « F- 08 » et « D- 5669 ». Les catalogues de ventes écrivent souvent « Forme 3301, décor 5686 ». Ces numéros servent de référence au catalogue de la manufacture : ils ne désignent ni une année ni un exemplaire.
Les pièces numérotées au sens strict sont les éditions limitées. Lors d’une vente Rouillac en 2007, trois grands plats au décor de Rolande Rizzi portaient des tirages limités à 30, 50 et 100 exemplaires. En décembre 2024, le Crédit Municipal de Paris a vendu un vase « Paris » de Danillo Curetti marqué « Tirage limité 41/100 ». La manufacture a aussi produit en 2021 une série de 200 œufs à l’effigie de Napoléon Ier. Le tirage ne fait pas tout : un tirage court, un grand format et un artiste recherché comptent davantage.
Le prix d’un émaux de Longwy va de quelques dizaines d’euros à plusieurs milliers. Lors d’une vente de 82 lots de Longwy organisée par la maison Rouillac, la plupart des petites pièces (cendriers, dessous de plat, vide-poches) se sont vendues entre 35 et 200 €, tandis que les grandes pièces Art déco ont atteint 1 750 à 3 000 €. Les prix ci-dessous sont des prix au marteau, hors frais.
14 cm, composition florale, vente Rouillac 2007.
Décor floral sur fond bleu, un éclat, Crédit Municipal de Paris, avril 2017.
15 cm, fleurs sur fond turquoise, marquée Longwy, vente Rouillac 2007.
Fleurs de pommier sur fond bleu ciel, monture en bronze, vente Rouillac 2007.
Guerrier japonais à cheval, 38 cm, exemplaire n° 44, vente Rouillac 2007.
27 cm, cachet Atelier d'Art, estimé 600 à 800 €, Crédit Municipal de Paris, décembre 2024.
32 cm, signé Oleciewicz, vente Rouillac 2007.
37 cm, éléphants et femme cueillant des fruits, vente Rouillac 2007.
Sources : résultats de la vente Rouillac (Vendôme) du 3 février 2007 ; Crédit Municipal de Paris, ventes du 28 avril 2017 et du 13 décembre 2024. Prix au marteau, hors frais, donnés à titre indicatif.
Ces résultats datent en partie de 2007 : ils situent les ordres de grandeur, pas une cote garantie en 2026. Aux États-Unis, l’émission Antiques Roadshow estimait en 2014 un plat de Longwy des années 1930 entre 800 et 1 200 dollars en valeur de détail, contre 1 500 à 2 500 dollars lors de sa première estimation en 2000 : la valeur de ce plat a été revue à la baisse.
Un vrai émaux de Longwy porte en général un cachet de Longwy au revers, un décor en relief cerné de noir et souvent des numéros de forme et de décor. Le mot « Longwy » ne garantit pourtant pas l’origine historique : plusieurs ateliers nés de ce savoir-faire travaillent ou ont travaillé à Longwy, comme la faïencerie Saint-Jean l’Aigle (1977), les Émaux d’Art de Longwy de Christian Leclercq (1988) ou les Émaux de Saintignon (1987).
L’Est de la France a donné bien d’autres céramiques à chiner : la barbotine de Sarreguemines ou la vaisselle Digoin-Sarreguemines. Côté verre ancien, voyez aussi notre fiche sur le vase Legras.
L’offre est la plus abondante dans le pays de Longwy et en Lorraine : consultez l’agenda des brocantes de Meurthe-et-Moselle, de la Moselle et, juste de l’autre côté de la frontière, de la province de Luxembourg en Belgique. Ailleurs, l’agenda général des brocantes vous aidera à repérer les déballages.
Pour une estimation, photographiez la pièce de face, le revers avec ses marques et chaque défaut, puis adressez-vous à un commissaire-priseur. Une petite pièce courante se vend bien en vide-grenier ou par annonce ; une pièce Art déco, signée ou en tirage limité, gagne à passer en salle des ventes, où elle peut dépasser son estimation, comme le vase de Curetti vendu 1 750 € pour 600 à 800 € estimés.
Pour vous faire l’œil, le musée municipal de Longwy expose les collections acquises par la ville entre 1975 et 1977. Vérifiez l’adresse et les horaires avant de vous déplacer, un déménagement du musée ayant été projeté.
Nettoyez un émaux de Longwy ancien à la main, avec un chiffon doux et de l’eau tiède savonneuse, sans le laisser tremper. Évitez le lave-vaisselle, les produits abrasifs et les chocs thermiques, qui peuvent abîmer les rehauts, l’or et le colorant des craquelures. Pour une pièce importante ou restaurée, demandez conseil à un restaurateur de céramique.
À lire aussi sur Brocnote : la faïence de Quimper, autre faïence décorée à la main très chinée, la lampe à pétrole ancienne et toutes nos fiches céramiques et verreries.
Les émaux de Longwy sont des faïences décorées d’émaux colorés en relief, séparés par un trait noir imprimé, fabriquées à Longwy (Meurthe-et-Moselle) depuis les années 1870. Le décor classique associe des fleurs et des oiseaux d’inspiration orientale sur un fond bleu turquoise. La technique est souvent appelée « cloisonné », mais elle n’utilise pas de fils de métal.
Retournez la pièce : un vrai émaux de Longwy porte en général un cachet imprimé (blason couronné, Primavera, Pomone, Atelier d’Art) et souvent des numéros de forme et de décor. L’émail forme un léger relief entre les cernes noirs. Méfiez-vous des pièces sans marque, montées en bronze ou décrites « dans le goût de Longwy », et des revers masqués par un socle.
Lisez le cachet du revers. Les armoiries au houx renvoient à la période des fils d’Huart (après 1866), le cachet H au houx au service Henri II (vers 1882-1908), les mentions Primavera et Pomone Bon Marché à l’Art déco. Certaines pièces portent un poinçon dateur en creux avec le mois et l’année. Les numéros F et D ne sont pas des dates.
Presque tous les émaux de Longwy portent des numéros : F indique la forme, D le décor. Ces références ne font pas d’une pièce une édition limitée. Une pièce numérotée au sens strict porte une justification de tirage, du type « Tirage limité 41/100 », souvent avec un nom d’artiste. Ce sont ces éditions limitées qui intéressent les collectionneurs.
La valeur d’un émaux de Longwy ancien dépend surtout de l’époque, du format et de l’état. Aux enchères, une petite pièce courante s’adjuge souvent entre 50 et 200 €. Une paire de vases au décor D188 a fait 550 €, un grand vase Primavera 1 750 € et un grand plat Art déco Pomone Bon Marché 3 000 € lors d’une vente Rouillac en 2007.
Pour une petite pièce courante, un stand de vide-grenier ou une petite annonce suffisent. Pour une pièce Art déco, signée ou en tirage limité, passez par un commissaire-priseur : en décembre 2024, un vase de Danillo Curetti estimé 600 à 800 € a été adjugé 1 750 € au Crédit Municipal de Paris. Envoyez des photos du revers et des défauts pour l’estimation.
Non, pas à notre connaissance. La Manufacture des Émaux de Longwy 1798, en redressement judiciaire, a obtenu le 26 février 2026 un jugement arrêtant un plan de redressement pour 10 ans, après une campagne Ulule close à 1 005 473 € et une ouverture de capital aux particuliers. L’ancienne faïencerie historique, elle, avait été liquidée dans les années 1970.
Nettoyez les émaux de Longwy à la main, avec un chiffon doux et de l’eau tiède légèrement savonneuse, puis séchez aussitôt. Évitez le trempage prolongé, le lave-vaisselle et les produits abrasifs, qui risquent d’abîmer l’or, les rehauts et la teinte des craquelures. Si la pièce est fêlée ou restaurée, limitez-vous à un dépoussiérage.
Face à un émaux de Longwy, le bon réflexe tient en trois gestes : retourner la pièce, lire le cachet et les numéros, examiner l’état. Les numéros F et D désignent la forme et le décor, seule une justification du type 41/100 signale un tirage limité, et les cachets Primavera ou Pomone annoncent l’Art déco, la période la plus recherchée. La plupart des pièces courantes valent quelques dizaines d’euros ; une grande pièce Art déco ou signée mérite l’avis d’un commissaire-priseur. Pour continuer à chiner, parcourez nos fiches d’objets de brocante.
Crédits photo
Fiche rédigée par la rédaction de Brocnote, mise à jour le 18 octobre 2026. Les fourchettes de prix sont des ordres de grandeur constatés en vente et en salle des ventes : elles varient selon l’état, la rareté et le lieu de vente.
Les brocantes et les marchés aux puces, où exposent les marchands professionnels, restent les meilleurs endroits pour dénicher ce type d'objet. Ce week-end, 74 brocantes, vide-greniers et marchés aux puces sont annoncés sur Brocnote. Voici les départements les plus actifs en ce moment.