
Écusson couronné, « Opaque », « Digoin & Sarreguemines » : la marque au dos d’une assiette suffit souvent à la dater. Histoire des deux usines, assiettes parlantes, services et prix réellement obtenus aux enchères.
Vaisselle & art de la table Par Corentin Mis à jour le 18 octobre 2026 13 min de lecture
En un coup d'œil
Prix constatés en brocante et en salle des ventes, détaillés et sourcés dans la fiche ci-dessous.
La vaisselle Digoin Sarreguemines est une faïence fine produite par la manufacture de Sarreguemines (Moselle), fondée en 1790, et par sa succursale de Digoin (Saône-et-Loire), ouverte en 1876 après l’annexion de la Moselle par l’Allemagne. Pour l’identifier, retournez la pièce : l’écusson de Lorraine sous une couronne, les lettres U & C, la mention « Digoin & Sarreguemines » ou le monogramme DV permettent de la dater. Côté prix, soyez réaliste : en vente aux enchères, un service courant de plusieurs dizaines de pièces peut partir entre 20 et 40 €, et seuls les grands services décoratifs dépassent quelques centaines d’euros.
La vaisselle Digoin Sarreguemines est la vaisselle de table produite par la faïencerie de Sarreguemines et ses usines françaises de Digoin et de Vitry-le-François. Il s’agit surtout de faïence fine : une pâte blanche, dure et serrée, recouverte d’une glaçure transparente, sur laquelle le décor est imprimé ou peint. C’est la vaisselle des familles françaises pendant plus d’un siècle : assiettes plates et creuses, assiettes à dessert, soupières, saladiers, raviers, saucières et plats de service.
Cette fiche traite de la vaisselle de table. Les pièces en relief colorées (pichets, plats à asperges, assiettes à huîtres) relèvent d’une autre production, présentée dans notre fiche sur la barbotine de Sarreguemines.
Les mots « opaque » et « terre de fer » désignent une faïence fine feldspathique, composée d’argile plastique et de silex ou de quartz broyé, cuite vers 1 000 °C. Selon l’association de collectionneurs Sarreguemines Passions, cette faïence est « également dénommée porcelaine opaque, demi-porcelaine, terre de fer », ce dernier terme traduisant l’anglais ironstone ; sa première mention relevée date de 1844, celle de « porcelaine opaque » de 1819.
Malgré son nom, la « porcelaine opaque » n’est pas de la porcelaine : elle ne laisse pas passer la lumière, contrairement à la porcelaine de Limoges. Les mentions « Opaque de Sarreguemines » ou « Véritable opaque » imprimées au dos indiquent donc la nature de la pâte, pas un modèle particulier.
Le double nom Digoin Sarreguemines s’explique par la guerre de 1870 : après l’annexion de la Moselle par l’Allemagne en 1871, la manufacture lorraine ouvre une usine à Digoin, en Saône-et-Loire, pour continuer à vendre en France. L’Inventaire général du patrimoine culturel de Bourgogne-Franche-Comté indique qu’en 1876 est fondée à Digoin une succursale de la faïencerie de Sarreguemines, installée « pour contourner les problèmes de frontières créés par la guerre de 1870 ». Le Musée d’Orsay donne, lui, la date de 1878.
La faïencerie de Sarreguemines elle-même est fondée en 1790 selon le musée de Sarreguemines et la plupart des sources ; le Musée d’Orsay retient 1778. Paul Utzschneider la reprend vers 1800, puis son gendre Alexandre de Geiger la dirige à partir de 1836 et se rapproche de Villeroy et Boch en 1838. Après 1871, son fils Paul de Geiger développe les usines françaises. Vers 1900, l’ensemble emploie plus de 3 000 ouvriers et compte parmi les plus grandes manufactures d’Europe.
Par Nicolas-Henri Jacobi et ses associés. Le Musée d'Orsay indique 1778.
Naissance de la société Utzschneider et Cie (U & C).
Gendre de Paul Utzschneider.
Sarreguemines devient allemande ; Paul de Geiger prend la direction.
Date de l'Inventaire général ; le Musée d'Orsay indique 1878.
Selon les sources : 1884 ou 1899.
Réunion des usines après la Première Guerre mondiale, sous la direction de la famille Cazal.
Après la reprise par le groupe Lunéville-Badonviller-Saint-Clément, le site lorrain se consacre aux carreaux.
Arrêt de toutes les activités le 1er février 2007.
L'usine produit alors de la porcelaine hôtelière (Pyroblanc).
Retenez la logique de la frontière : de 1871 à 1918, une pièce sortie de l’usine de Sarreguemines est fabriquée en Allemagne, d’où la mention « Made in Germany » sur certaines marques, tandis que Digoin produit en France. Après 1979, la vaisselle de la marque n’est plus fabriquée qu’en dehors de Sarreguemines, notamment à Digoin.
Pour dater une assiette Digoin Sarreguemines, lisez la marque imprimée au dos : son dessin et ses mentions correspondent à des périodes connues. Selon l’association Sarreguemines Passions, les premières marques imprimées apparaissent en 1838 avec la société Utzschneider et Cie ; les plus anciennes étaient estampées en creux dans la pâte. Les dates ci-dessous viennent du répertoire de marques Porcelain Marks and More, dont l’auteur précise que le musée de Sarreguemines lui a fourni trois tableaux aux dates divergentes : prenez-les comme des fourchettes, pas comme des certitudes.
Inscription dans un double cercle.
Initiales d'Utzschneider et Cie.
Marque seule, sans autre mention.
Mention de la pâte feldspathique.
Pièces de la succursale française.
Souvent tamponné en bleu.
Sarreguemines sous administration allemande. Un commentaire du répertoire place plutôt l'apparition de la mention en 1918.
Avec « Digoin & Sarreguemines France » autour de l'écusson.
Digoin et Vitry-le-François.
Ajoutée à la marque principale.
Double marquage.
Source : Porcelain Marks and More, répertoire « Saargemünd (Sarreguemines) ». Datations approximatives, qui varient selon les tableaux du musée.
Quelques repères simples complètent la liste. La mention « Made in Germany » désigne une pièce lorraine d’avant 1919. Une marque où figure « France » ou le monogramme DV renvoie au XXe siècle. Sur les assiettes à décor, le nom de la série est souvent intégré à la marque : le musée de Sarreguemines conserve ainsi des assiettes de la série « L’homme à la mouche », vers 1900, marquées d’un cercle portant une mouche, les lettres U C et le mot Sarreguemines. Les chiffres estampés en creux (20, 20A) indiquent la dimension, pas l’année.
L’association Sarreguemines Passions renvoie, pour une datation précise, à son ouvrage Sarreguemines, les marques de fabrique. C’est le meilleur outil si vous hésitez entre deux périodes ou si la marque de votre pièce n’apparaît dans aucun répertoire en ligne.
Une assiette parlante est une assiette décorée d’une image imprimée accompagnée d’un texte : rébus, proverbe, devinette, dialogue humoristique ou légende d’une scène historique. Les musées parlent plutôt d’assiette historiée. Sarreguemines et Digoin en ont produit des dizaines de séries, généralement vendues par douze et numérotées, du service à dessert à l’assiette murale décorative.
Dans Les Dossiers de la faïence fine (n° 24, 2009), Charles J. Bolender distingue une période dite chalcographique, après 1836, avec des décors gravés en noir, puis une période lithographique, où les planches polychromes pouvaient passer jusqu’à neuf fois sous presse. Pour faciliter ce décor, la manufacture a créé une assiette sans aile, dite « forme lentille ». Les thèmes vont des contes pour enfants (« Le Petit Poucet ») aux séries dessinées par Benjamin Rabier ou Albert Guillaume.
Les séries historiques racontent la vie de Napoléon, de Jeanne d’Arc ou des campagnes militaires, avec un bassin imprimé en noir et une aile colorée. Les séries humoristiques et satiriques, comme « D’r Herr Maire » de G. Stoskopf (vers 1898-1907), illustrée par Henri Loux puis Frédéric Régamey, ou la série patriotique « Alsace-Lorraine 1918 », reflètent l’actualité de leur temps. Au début du XXe siècle, la photolithographie apparaît : elle se signale parfois par les mentions « D.R.P. » (brevet allemand) ou « Breveté S.G.D.G. » (brevet français).
Les services de table Digoin Sarreguemines se reconnaissent à leur nom de modèle, souvent imprimé avec la marque : Agreste, Obernai, Ramuntcho, Papillon, Fleury, ou de simples références numériques comme 9177. Un service complet comprend en général des assiettes plates, creuses et à dessert, une soupière couverte, une saucière, des raviers, un saladier et des plats de service.
Une soupière Digoin Sarreguemines isolée vaut peu : une soupière en faïence de la marque figurait dans un catalogue de vente avec une estimation de 10 à 20 €. Elle prend surtout de la valeur au sein d’un service complet et homogène, ou si elle appartient à un modèle recherché comme Obernai ou Ramuntcho. Vérifiez que le couvercle est bien d’origine (même décor, même marque) et qu’il ne présente ni fêle ni éclat.
La vaisselle Digoin Sarreguemines courante vaut peu : quelques euros l’assiette, et parfois seulement 20 à 40 € pour un service entier de plusieurs dizaines de pièces en vente aux enchères. Elle a été produite en quantités considérables et se trouve sur presque tous les stands. Les prix montent pour les grands services décoratifs en bon état, qui atteignent quelques centaines d’euros, et pour certaines séries d’assiettes illustrées complètes.
Décor d'enfants, usures. Ivoire Troyes, avril 2024.
Douze assiettes, plat, soupière couverte et saucière. Ivoire Angers, janvier 2025.
Décor feuillages et bordure dorée, avec soupière, saucière et raviers. Ivoire Angers, janvier 2025.
Vie de Napoléon, dans leur boîte, avec douze verres. Ivoire Angers, juin 2026.
Dont 24 assiettes, 12 à dessert, soupière et saucière, quelques éclats. Ivoire Angers, juin 2026.
Vues du Pays basque, quelques accidents. Ivoire Nantes, juin 2017.
Dont 55 assiettes plates et 14 à dessert. Ivoire Lyon, juin 2016.
Source : résultats d’adjudication publiés par les études du réseau Ivoire (Troyes, Angers, Nantes, Lyon). Prix marteau ; les frais acheteur ne sont pas précisés.
Pièce isolée.
Lot de sept assiettes.
Vers 1925, série complète numérotée de 1 à 12. Ivoire Chartres, 2015.
Sources : estimations de lots relevées sur la page Sarreguemines de la Gazette Drouot et chez Ivoire Chartres. Une estimation n’est pas un prix de vente.
Pour comparer avec d’autres vaisselles courantes de brocante, consultez nos fiches sur la vaisselle Arcopal vintage et la faïence de Quimper.
La vaisselle Digoin Sarreguemines se trouve partout en France, dans les vide-greniers comme dans les ventes de « bonne brocante ». Les régions des usines restent les meilleurs terrains : consultez l’agenda des brocantes de la Moselle et de la Saône-et-Loire, ou l’agenda général des brocantes. À Sarreguemines, le musée de la faïence présente toutes les productions de la manufacture et un jardin d’hiver décoré de carreaux marqués S pour Sarreguemines et D pour Digoin.
Pour une estimation, photographiez l’ensemble, la marque au dos et les défauts, puis envoyez le tout à un commissaire-priseur. Pour un service courant, la comparaison avec les résultats d’enchères ci-dessus suffit souvent. Si vous pensez tenir une série illustrée rare ou un service signé, demandez l’avis d’un expert avant de vendre.
Lavez la vaisselle ancienne à la main, à l’eau tiède et au savon doux, sans trempage prolongé : l’eau s’infiltre par les fêles et tache la pâte sous l’émail. Évitez le lave-vaisselle et le four à micro-ondes pour les assiettes à décor imprimé, dont les couleurs et les dorures s’usent vite.
À lire aussi sur Brocnote : les émaux de Longwy, autre grande céramique lorraine, et toutes nos fiches vaisselle et arts de la table.
Le double nom vient de la guerre de 1870. Après l’annexion de la Moselle par l’Allemagne en 1871, la faïencerie de Sarreguemines se retrouve en territoire allemand. Pour continuer à vendre en France, elle ouvre une succursale à Digoin, en Saône-et-Loire, en 1876 selon l’Inventaire général (1878 selon le Musée d’Orsay). Les pièces de cette usine portent la marque « Digoin & Sarreguemines ».
Retournez l’assiette et identifiez la marque imprimée. Les lettres U & C seules renvoient aux années 1840-1860, l’écusson de Lorraine couronné à la période 1860-1922, « Made in Germany » à une pièce lorraine d’avant 1919, le monogramme DV et « Véritable opaque » aux années 1920-1950. Ces dates sont approximatives et varient légèrement selon les répertoires.
« Véritable opaque » indique la nature de la pâte : une faïence fine feldspathique, aussi appelée porcelaine opaque ou terre de fer. Ce n’est ni un nom de modèle ni de la porcelaine. Sur la vaisselle Digoin Sarreguemines, cette mention s’ajoute à la marque principale, surtout entre 1920 et 1950 selon le répertoire Porcelain Marks and More.
Non, dans la grande majorité des cas. La vaisselle de table Digoin Sarreguemines est en faïence fine, parfois appelée « porcelaine opaque » mais qui ne laisse pas passer la lumière. La manufacture a aussi produit de la porcelaine, arrêtée à Sarreguemines à la fin des années 1970, mais ce n’est pas ce que l’on trouve le plus souvent en brocante.
Une assiette Digoin Sarreguemines courante vaut quelques euros. En vente aux enchères, deux assiettes creuses sont parties à 10 € en 2024, et des services entiers de 15 à 45 pièces à 20 ou 40 €. Les grands services décoratifs (Agreste, Ramuntcho, Papillon) atteignent 200 à 850 €. Seules les séries complètes d’assiettes illustrées recherchées sortent de la fourchette basse.
Une assiette parlante est une assiette à décor imprimé accompagné d’un texte : rébus, proverbe, dialogue humoristique ou légende d’une scène historique. Sarreguemines et Digoin en ont produit de nombreuses séries, souvent par douze et numérotées, sur des thèmes comme Napoléon, Jeanne d’Arc, les boissons ou les contes. Les musées les appellent aussi assiettes historiées.
Non. La production de vaisselle s’arrête à Sarreguemines en 1979, et l’entreprise qui y fabriquait encore des carreaux est liquidée en 2007, avec un arrêt des activités le 1er février. L’usine de Digoin a continué à produire de la vaisselle ; en 2009, elle est cédée au groupe britannique Dudson, qui y fait fabriquer de la porcelaine hôtelière.
Oui. L’association de collectionneurs Sarreguemines Passions publie l’ouvrage Sarreguemines, les marques de fabrique, qu’elle recommande pour dater précisément une pièce. En ligne, le répertoire Porcelain Marks and More présente une vingtaine de marques datées, avec la réserve que les tableaux fournis par le musée de Sarreguemines ne concordent pas toujours.
Face à une pièce Digoin Sarreguemines, trois gestes suffisent : retourner l’assiette, lire la marque, vérifier l’état. L’écusson couronné, « Opaque de Sarreguemines » ou « Made in Germany » annoncent une pièce d’avant 1920 ; DV et « Véritable opaque » une fabrication du milieu du XXe siècle. Dans la plupart des cas, vous tiendrez une vaisselle solide et charmante qui se vend quelques euros ; plus rarement, une série d’assiettes parlantes complète ou un grand service décoratif qui mérite l’avis d’un commissaire-priseur. Pour continuer à chiner, parcourez nos fiches d’objets de brocante.
Crédits photo
Fiche rédigée par la rédaction de Brocnote, mise à jour le 18 octobre 2026. Les fourchettes de prix sont des ordres de grandeur constatés en vente et en salle des ventes : elles varient selon l’état, la rareté et le lieu de vente.
Les brocantes et les marchés aux puces, où exposent les marchands professionnels, restent les meilleurs endroits pour dénicher ce type d'objet. Ce week-end, 74 brocantes, vide-greniers et marchés aux puces sont annoncés sur Brocnote. Voici les départements les plus actifs en ce moment.